Nessuno sa di noi, Simona Sparaco

Voici un roman que j’ai lu acheté en Italie en juillet 2013, sur les conseils d’une libraire. Le livre était alors en lice pour le prestigieux Prix Strega, l’équivalent de notre Goncourt. Je ne pense pas qu’il ait été traduit en français depuis, je n’ai rien trouvé à ce sujet.

Nessuno sa di noi

Luce, enceinte de presque trente semaines, et Pietro, son mari, attendent de passer la dernière échographie avant la naissance de leur premier enfant. Pietro regarde les clichés des échographies précédentes en cherchant à qui peut bien ressembler Lorenzo. Celui-ci se manifeste d’ailleurs en donnant des coups de pieds à sa maman. Mais déjà, le lecteur sait que tout va basculer. En effet, décrivant ses pensées légères et futiles, comme les questions qu’elle se pose sur la couleur de la chambre du bébé, la future maman précise : « chissà perché sono sempre cosi insignificanti i pensieri un attimo prima dell’impensabile » (je me demande pourquoi nos pensées sont toujours si insignifiantes, juste avant l’impensable). Puis Luce poursuit en détaillant la préparation de l’examen avec précision et froideur. La tension est bien présente.

Quelques minutes plus tard, le verdict est là : Lorenzo souffre d’un retard de croissance préoccupant, dû à une forme de dysplasie squelettique. Chacun réagit différemment face à « l’impensable ». Pietro demande quel est le traitement à prévoir. Luce pleure et demande si c’est sa faute, si elle a fait quelque chose de mal pendant sa grossesse qui a bien pu les amener là. Fin du prologue.

La première partie du roman s’ouvre sur une lettre du courrier des lecteurs, adressée à Luce. Celle-ci est en effet journaliste et tient une rubrique dans un hebdomadaire où elle dispense des conseils de toutes sortes. Luce revient alors en arrière et raconte des des épisodes de son enfance, sa rencontre avec Pietro, leurs difficultés pour concevoir un enfant. Puis elle évoque les jours qui ont suivi l’annonce de la maladie de Lorenzo, les pensées qui défilent et la douleur.

Puis viennent les questions, la recherche d’informations et de traitements possibles. Et la mauvaise nouvelle, une fois de plus : l’enfant pourrait ne pas survivre. Enfin, le conseil de la gynécologue de ne pas mener la grossesse à terme. Luce voit le ciel lui tomber sr la tête. D’autant qu’en Italie, le délai légal pour un avortement thérapeutique est dépassé. Ce n’est pas le cas en Angleterre, comme on le leur explique : le couple peut encore y rencontrer un généticien pour un dernier examen avant la décision finale.

Luce dissèque tous les sentiments qui la traversent : douleur, peur, angoisse, indécision, culpabilité, solitude, incompréhension, et amour. L’auteur nous donne à voir le cheminement long et douloureux que doit endurer Luce, avant de renaître à la vie. « Nessuno sa di noi » est une belle lecture, difficile et bouleversante, mais aussi pleine de courage, de sincérité, et finalement porteuse d’espoir. Un roman qui m’a amenée à m’intéresser au problème de l’avortement thérapeutique, qui pousse des couples italiens à rechercher un hôpital à l’étranger quand les délais légaux sont dépassés dans leur pays.

Nessuno sa di noi n’a finalement pas été primé, même s’il était finaliste pour le prix Strega. Plusieurs critiques italiens se sont accordés sur le fait que l’écriture du roman n’était pas littéraire, mais plutôt, « à la portée de tous », ce qui en Italie, vous place d’office à l’écart de la littérature ! D’autres ont évoqué une écriture « pas particulièrement brillante »… Il est vrai que si je lis régulièrement des livres en italien, j’ai encore parfois du mal à porter une appréciation sur la qualité de l’écriture.  « Nessuno sa di noi » n’est sûrement pas un grand livre, il s’apparente d’ailleurs plutôt à un récit qu’à un roman, mais il est bien écrit.

Le fait est que le thème de l’avortement, même pratiqué pour des raisons thérapeutiques, est encore tabou en Italie. Divers articles de journaux ont alors salué ce roman, comme « nécessaire ». L’auteure a en effet expliqué qu’elle considérait qu’un des rôles de la littérature était de mettre en avant des questions éthiques difficiles. Et de ce point de vue, c’est une réussite totale : « Nessuno sa di noi » est essentiel pour les questions qu’il aborde, et la façon dont il examine toutes les facettes du problème, le tout avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité.

 

Nessuno sa di noi, Simona Sparaco, Giunti Editore, 2013, 256p.

 

Pour la biographie de Simona Sparaco et les articles consacrés à « Nessuno sa di noi », voir le site de l’auteur : http://www.simonasparaco.it/bio.html

 

Livre lu en VO dans le cadre du challenge « Leggere in italiano »

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9 réflexions sur “Nessuno sa di noi, Simona Sparaco

  1. l’histoire me plaît. le roman évoque plusieurs problématiques, il n’y a pas que l’avortement thérapeutique, il y a le diagnostic de la maladie génétique, curable ou pas, la réastion des protagonistes… s’il sort en Français je me laisserai tenter.

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  2. Un sujet difficile mais qui me plait beaucoup! Par contre serais-je capable de le lire en italien? Pas sûre! Je le note et vais rechercher si une traduction existe. Merci Flirence. Bon dimanche!

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  3. C’est vrai qu’il peut y avoir deux sortes de jugements , celui purement littéraire qui s’attache au style (pas seulement, bien sûr, mais surtout) et celui qui sait reconnaître les écrits qui font avancer, qui sont courageux comme paraît l’être celui-ci.

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