La famille de l’antiquaire, ou la belle-mère et la bru, de Carlo Goldoni

L’auteur

 

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Carlo Goldoni est né à Venise en 1707. Il a écrit de nombreuses pièces de théâtre, d’abord quelques tragédies, puis beaucoup de comédies. Il subit l’influence de la Commedia dell’arte qu’il décide de révolutionner : il veut abandonner les masques et écrire les dialogues que les acteurs improvisaient alors. Il veut également approfondir la psychologie des personnages. C’est ce qu’il fait dans ses pièces, mais il se heurte au traditionalisme de certains auteurs et comédiens italiens. Il se rend en France, où il enseigne d’abord l’italien aux princesses royales. Il est ensuite nommé au Théâtre-italien à Paris. Carlo Goldoni est mort à Paris en 1793.

 

La pièce de théâtre

 

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« La famille de l’antiquaire, ou La belle-mère et la bru », pièce aussi intitulée « La famille du collectionneur », est une comédie en trois actes, écrite par Carlo Goldoni en 1750.

Le comte Anselmo Terrazzani est un vieil aristocrate qui se passionne pour les antiquités, en particulier pour les médailles et camées qu’il collectionne avec un soin extrême. Pour les acquérir, il ne regarde pas à la dépense et se fait rouler par son valet Brighella qui lui présente de nombreux vendeurs, tous plus filous les uns que les autres. Pendant ce temps, la famille se déchire suite à l’arrivée de Doralice, jeune épouse du fils unique du comte, Giacinto.

La mésentente gronde en effet entre  Doralice et la comtesse Isabella : c’est le conflit éternel entre la belle-mère et sa bru ! Mais ici, il tient au fait que la jeune femme a apporté en se mariant une dot élevée, ce qui lui a permis dans un premier temps de faire oublier ses origines. Doralice n’est qu’une petite bourgeoise, fille de Pantalon, un riche négociant vénitien que la belle-famille considère comme un simple « boutiquier ». Son époux, le comte Giacinto, descend quant à lui d’une lignée noble mais désargentée, et l’on comprend très vite que le choix de ce mariage était une question de survie pour la famille. La comtesse Isabella ne va cesser de le reprocher à sa belle-fille, même si elle empoche sans vergogne l’argent de sa bru, après en avoir ouvertement critiqué la provenance !

Le conflit se fige, d’autant que la jeune épouse possède un caractère fort. L’affrontement est enrichi par la présence des confidents des deux femmes, le docteur Anselmi, vieil ami d’Isabella, et le chevalier Del Bosco qui tour à tour apaisent le jeu ou mettent de l’huile sur le feu. Pendant ce temps, le chef de famille ne se préoccupe que de ses antiquités et il ne daigne parler qu’à ceux qui lui proposent une « bonne affaire ». C’est ainsi qu’il se fait rouler par un marchand d’antiquités arménien, qui n’est autre qu’un complice de son valet Brighella. Seul le père de Doralice, Pantalon, est capable de ramener tout ce petit monde à plus de raison…

Les thèmes développés dans cette comédie ont traversé les siècles : il y est question de concurrence entre les nobles et la bourgeoisie, deux classes  interdépendantes, les premiers ayant besoin des seconds pour continuer à assurer un train de vie bien au-dessus de leurs moyens, tandis que les bourgeois recherchent la fréquentation des nobles qui les aidera à poursuivre leur ascension sociale. Le mépris des nobles n’a d’égale que l’asservissement des bourgeois et ces sentiments s’illustrent dans une comédie humaine qui n’a pas changé depuis des siècles. Cette comédie se poursuit au gré des mésalliances, comme celle qui a uni Doralice et Giacinto, et qui sont toujours mal vues de nos jours.

L’autre thème dominant dans cette pièce est bien sûr celui de l’argent : le comte Anselmo achète tout, qu’il s’agisse de ses antiquités, comme de la tranquillité familiale. La comtesse et sa bru se disputent la femme de chambre Colombine, laquelle se vend à celle qui paiera le plus. L’argent est au centre de tout et justifie toutes les compromissions.  Enfin, il y a l’éternel conflit belle-mère-belle-fille, qui est l’occasion pour Goldoni de croquer deux personnages féminins au fort caractère !

La pièce de Goldoni est donc tout à fait moderne et a d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation très rythmée et enlevée par l’Atelier Théâtre Jean Vilar de Louvain-La-Neuve, sous la direction de Daniela Bisconti qui a choisi de transposer la pièce dans les années cinquante pour souligner les travers d’une société qui s’épanouissait alors dans la consommation et dans l’apparence. Ce qui est toujours le cas aujourd’hui…

La famille du collectionneur, La belle-mère et la bru, Carlo Goldoni, NRF, Bibliothèque de la Pléiade, p283 à 371.

Lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle

le mois italien

 

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