La pension de la via Saffi/L’affittacamere, Valerio Varesi

L’auteur

 

Valerio Varesi est né à Turin en 1959. Après des études de philosophie à l’université de Bologne, il devient journaliste à La Repubblica. En 1998, il publie le premier tome d’une série dédiée aux enquêtes du commissaire Soneri, « Ultime notizie di una fuga ». Le quatrième tome, paru en 2003, « Il fiume delle nebbie » est le premier de la série à être traduit en français par les éditions Agullo, sous le titre « Le fleuve des brumes ». Il est ensuite sorti en format de poche au cercle Points. La deuxième enquête, « La pension de la via Saffi » (« L’affittacamere »), vient également de paraître en poche, tandis que les éditions Agullo viennent de publier une autre enquête du commissaire Soneri sous le titre « Les ombres de Montelupo ».

 

La pension de la via Saffi

 

Après avoir beaucoup apprécié « Le fleuve des brumes » de Valerio Varesi, j’attendais avec impatience la sortie en poche de la seconde enquête du commissaire Soneri intitulée « La pension de la Via Saffi ». Paru en avril dernier, il arrivait à point nommé pour le mois italien.

Nous sommes à Parme, quelques jours avant Noël et le commissaire Soneri est l’un des seuls à ne pas se laisser gagner par l’effervescence mercantile qui règne dans la ville. Alors qu’il espère avoir enfin le temps de laisser libre cours à ses pensées, il se trouve face à une nouvelle énigme : la propriétaire d ’une petite pension de famille située dans le centre historique de Parme vient d’être assassinée. Or le commissaire Soneri connaissait la victime, Ghitta Tagliavini, puisque celle-ci accueillait par le passé dans sa pension de nombreux étudiants, dont Ada, sa future femme. Soneri passait d’ailleurs souvent à la pension pour rencontrer Ada.

L’enquête laisse très vite apparaître que la pension Saffi n’avait plus grand-chose à voir avec celle que Soneri avait connue. Devenus riches, les étudiants ne se contentent plus aujourd’hui d’une simple pension et la propriétaire s’était tournée depuis quelques temps vers une nouvelle clientèle, en choisissant de louer ses chambres en journée à des couples, dont beaucoup étaient illégitimes…

Le commissaire Soneri se dévoile un peu plus dans cette seconde enquête, où l’on apprend l’épisode douloureux de son veuvage précoce. Angela est toujours fidèle au poste pour le soutenir, ce qui n’est pas forcément drôle pour elle, car Soneri exprime peu ses sentiments. L’ensemble se déroule dans une atmosphère froide et brumeuse : les petites rues tortueuses du centre de la ville, pleines d’un épais brouillard, évoquent sans doute les méandres du passé de Soneri.

Le commissaire est en effet nostalgique de son passé, mais aussi de toute une époque, où Parme était encore une ville provinciale, où les gens se connaissaient, se parlaient. Il regrette que la ville soit maintenant gangrénée par la corruption et envahie par des étrangers, qu’il ne rejette pas, bien au contraire, mais dont il regrette qu’ils ne parviennent pas à s’intégrer et constituent des communautés qui vivent à côté des italiens, et non avec eux.

J’aime beaucoup le regard lucide et nostalgique que Soneri porte sur l’Italie, d’autant qu’il reste toujours mesuré dans ses propos. L’enquête elle-même nous en dit beaucoup sur l’évolution du pays, et cela prime sur les faits en eux-mêmes et sur l’intrigue et le suspense qui sont finalement secondaires. Le rythme lent donne une certaine profondeur au roman, mais risque de ne pas plaire aux amateurs de polars rapides aux multiples rebondissements. En revanche, pour les autres, c’est une série à suivre, sans aucun doute !

 

La pension de la Via Saffi, Valerio Varesi, traduit de l’italien par Florence Rigollet, Points Seuil P4772, avril 2018, p306.

 

Lu dans le cadre du mois italien chez Martine

Capri, l’île fleurie

Comme chaque année à l’occasion du mois italien, je reprends mes promenades à travers l’Italie. Pour la journée consacrée aux îles, j’ai choisi Capri, que l’on ne présente plus. Une île qui m’a enchantée, par ses paysages et ses panoramas splendides sur la mer, mais également par sa végétation très luxuriante…

 

Après avoir bravé la foule pour quitter le port et accéder au village de Capri, la récompense pour les yeux,

 

une vue sur le plus beau golfe du monde,

 

sur des maison et des terrasses où l’on s’installerait volontiers pour lire en sirotant un Spritz,

 

mais il vaut mieux s’enfoncer dans le village pour en découvrir les moindres recoins,

 

la végétation qui met en valeur les habitations blanches et qui annonce

 

une explosion de couleurs !

 

 

 

 

 

 

 

Il est temps de descendre vers le port par les étroits chemins,

 

retrouver l’agitation, la vie, le bruit,

 

d’autres couleurs encore, l’eau, les bateaux, la mer.

 

 

Participation au challenge « Le mois italien » chez Martine

 

Le pays que j’aime / Correva l’anno del nostro amore, Caterina Bonvicini

L’auteur

 

Née à Florence en 1974, Caterina Bonvicini est l’auteur de romans et de nouvelles ainsi que de livres pour la jeunesse. Elle a obtenu le Prix Rappalo-Carige pour « L’equilibrio degli squali ». Trois de ses romans ont été traduits en français : « L’équilibre des requins », « Le lent sourire », « Un pays que j’aime ».

 

Le roman

 

La petite Olivia est l’héritière de riches entrepreneurs de Bologne. Elle est élevée dans une magnifique villa ornée de fresques du XVIIIème siècle et son meilleur ami, Valerio, n’est autre que le fils du jardinier et d’une domestique qui vivent sur place. Valerio va à la même école qu’Olivia et c’est d’ailleurs le grand-père d’Olivia, Gianni, qui les y conduit tous les matins. L’Italie est en train de vivre ses terribles années de plomb, et les familles aisées, dont les enfants sont fréquemment victimes d’enlèvements, vivent dans la peur. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur le terrible attentat qui a détruit la gare de Bologne en 1980.

Malheureusement, alors que Valerio est encore très jeune, le monde s’écroule autour de lui lorsque sa mère décide de quitter son père, et la villa des Morganti, pour suivre à Rome un petit escroc dont elle est tombée amoureuse. Ils se retrouvent dans un appartement délabré à la périphérie de la ville sainte dont Valerio ne connaîtra rien pendant des années. Pour les vacances, il retourne chez son père, c’est-à-dire chez les Morganti qui l’emmènent, avec son amie Olivia, sur la Versilia, la partie chic de la côte toscane fréquentée par les classes aisées de la région.

Et c’est ainsi que démarre le récit de quarante années d’amitié, et pas seulement, entre Olivia et Valerio. Ils vont se retrouver régulièrement, s’aimer alors qu’ils sont étudiants, puis se quitter, pour mieux se retrouver à nouveau. Olivia ne termine pas ses études, comme tout ce qu’elle entreprend, tandis que Valerio réussit au-delà de toute espérance. Née de son enfance passée entre la villa des Morganti et l’appartement insalubre de la périphérie romaine, sa faculté à se fondre dans des milieux différents, à défaut de s’y sentir chez lui, lui permet d’évoluer et de faire fortune dans l’Italie des années berlusconiennes. Mais Valerio n’est ni dupe, ni cynique et, conscient de la corruption des milieux qu’il fréquente, il conserve un regard lucide sur l’Italie des années quatre-vingt-dix et deux mille.

« Le pays que j’aime » est un roman attachant qui retrace une amitié d’enfance qui évolue en un amour fort qui malheureusement ne se concrétise pas, parce qu’Olivia préfère bien souvent se laisser porter que de prendre des décisions. Les situations sont souvent graves, mais jamais pesantes grâce à l’humour et à la légèreté qui émaillent le récit. On pourrait regretter le manque de détermination des protagonistes à vivre leur histoire d’amour, mais c’est finalement ce qui les rend crédibles et si humains. Il y a aussi des personnages forts comme Manon, la grand-mère qui a tant marqué Olivia et Valerio ; d’autres sont beaucoup moins courageux. Même Valerio doit renoncer, pourtant si près du but, pris au piège et préférant finalement la prison dorée qu’il s’est construite.

Une belle découverte que ce troisième roman de Caterina Bonvicini publié en français et récemment sorti en format poche.

Le pays que j’aime, Caterina Bonvicini, traduit de l’italien par Lise Caillat, Folio n°6462, mars 2018, 356 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Martine

 

L’amie prodigieuse : le tournage à Naples

Aujourd’hui, le rendez-vous du mois italien est consacré à la saga d’Elena Ferrante, « L’amie prodigieuse ». Une lecture en VO que j’ai adorée, mais dont j’ai déjà chroniqué chacun des quatre tomes.  Alors aujourd’hui, pour rester dans le thème, j’ai choisi de vous parler de l’adaptation télévisée de la saga, dont le tournage a commencé début 2018.

La série comptera quatre saisons, qui correspondront aux quatre volumes de la saga. Elles seront composées chacune de huit épisodes. Au total donc, trente-deux rendez-vous de cinquante minutes avec les héroïnes Elena et Lila. De quoi rêver pour les fans de « L’amie prodigieuse », dont je fais partie !

Le réalisateur, Saverio Costanzo, travaille en collaboration avec l’auteur, Elena Ferrante qui, pour rester dans l’anonymat le plus complet, lui envoie ses notes et précisions par mail. La série, coproduite par la HBO (chaine américaine) et la Rai, sera entièrement tournée en italien et en dialecte napolitain. Elle sera sous-titrée en anglais pour la diffusion aux Etats-Unis où la saga d’Elena Ferrante est très appréciée.

Pour le tournage, Naples a retrouvé le visage qu’elle avait dans les années cinquante. On y verra la Galleria Principe qui, pour l’occasion, regroupe les commerces et marques de l’époque, la Piazza Plebiscito (où stationnent des voitures d’époque), la Piazza dei Martiri (où Lila commencera à travailler dans le magasin de chaussures des Solara), le centre historique, le théâtre San Carlo …

Quant au rione (quartier) où vivent les deux amies, il a été reconstitué dans la zone industrielle de Marcianise, près de Caserta, au nord de Naples. Le casting a duré de longs mois, et il a fallu choisir entre 9000 enfants et 500 adultes. Les enfants sont des débutants, selon le vœu d’Elena Ferrante.  Quatre jeunes filles ont été retenues pour incarner Elena et Lila enfants, puis adolescentes. Il s’agit d’Elisa del Genio et de Ludovica Nasti, puis de Margherita Mazzucco et Gaia Girace.

 

 

 

La première saison devrait être diffusée sur la Rai à la fin 2018 ou au début 2019.

Je vous propose de regarder quelques photos du tournage, disponibles sur ce lien du journal « La Repubblica » :

http://napoli.repubblica.it/cronaca/2018/03/14/foto/un_salto_nel_tempo_napoli_torna_allla_fine_degli_anni_50_per_le_riprese_dell_amica_geniale-191239181/1/?ref=search#12

 

 

Le mois italien chez Martine