Chroniques du hasard / L’invenzione occasionale, Elena Ferrante

 

Quand le journal britannique The Guardian a proposé à Elena Ferrante de tenir une chronique hebdomadaire dans ses pages, l’auteure italienne a d’abord été effrayée : peur de ne pas tenir le rythme, de ne pas réussir à écrire par obligation, de regretter l’enfermement de cet exercice. Puis, « la curiosité l’a emporté ».

Un an et cinquante-et-une chroniques plus tard, Elena Ferrante, admet que l’exercice lui a été « bénéfique », même si elle avoue ne plus jamais vouloir renouveler « une telle expérience » pendant laquelle elle n’est jamais parvenue à « se libérer de certaines craintes », vis-à-vis du lecteur notamment.

Quoi qu’il en soit, le petit recueil publié en mai 2019 en Italie, et en septembre de la même année chez Gallimard, est très intéressant, principalement pour les lecteurs d’Elena Ferrante qui, comme moi, sont intrigués par le personnage, et par la distance qui existe entre certains de ses livres (la saga de « L’amie prodigieuse » et le tout dernier roman non encore traduit en français « La vita bugiarda degli adulti ») et ses romans plus anciens (« L’amour harcelant » ou « Poupée volée » par exemple).

A travers ces articles, Elena Ferrante donne une certaine image d’elle-même, préoccupée par ses lecteurs, mais aussi beaucoup par la marche du monde et la condition humaine, celle des femmes notamment, ayant peu confiance en elle, doutant de son écriture. Si le journal The Guardian a fixé chaque semaine le thème de sa chronique, tel un devoir à rendre, Elena Ferrante s’est efforcée d’y répondre du mieux possible, dans l’urgence, en partant toujours de son rôle d’auteure de romans.

Le tout donne donc un éclairage intéressant qui vient compléter « Frantumaglia », recueil de lettres, d’entretiens et de correspondances qui explore les thèmes chers à Elena Ferrante.

 

Chroniques du hasard, Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien, illustrations de Andrea Ucini, Gallimard, Paris, septembre 2019, 175 p.

L’invenzione occasionale, Elena Ferrante, illustrazioni di Andrea Ucini, Edizioni E/O, maggio 2019, pp. 128.

 

Le traître/ Il traditore, de Marco Bellocchio

 

Titre original et titre français : Il traditore / Le traître

Sortie : 2019

Réalisateur : Marco Bellocchio.

Acteurs principaux : Pierfrancesco Favino, Maria Frenanda Candido, Luigi Lo Cascio, Fabrizio Ferracane.

Production : Italie, France, Allemagne, Brésil.

Durée : 145 mn.

Genre : Drame, biopic.

Au début des années 1980, la guerre fait rage entre différentes familles de la mafia sicilienne. Depuis un moment, la mafia s’est en effet lancée dans le trafic de drogue et elle n’hésite plus à tuer des innocents, femmes et enfants y compris, en procédant à de nombreux règlements de compte. Pour y échapper et protéger sa famille, Tommaso Buscetta, chef mafieux, est alors obligé de s’exiler au Brésil.

Finalement arrêté et extradé vers l’Italie, Buscetta accepte de rencontrer le juge Falcone. Personne n’imaginait qu’il collaborerait un jour avec la justice italienne et c’est pourtant ce qu’il a fait, en livrant de nombreux noms, ce qui a abouti au maxi-procès de Palerme qui permettra de condamner plus de 350 mafieux en 1986.

Tout au long de ses entretiens avec le juge Falcone, Tommaso Buscetta n’a pas cessé de se considérer comme un homme d’honneur. Pour lui, la famille est toujours restée sacrée ; ce sont les autres qui ont trahi l’idéal de Cosa Nostra.

Cet énième film sur la mafia, bien éloigné des clichés de l’époque du « Parrain », est un grand film qui se déploie sur plusieurs registres ; tour à tour film d’action et documentaire, il alterne séquences violentes et autres plus émouvantes, voire intimistes. Les scènes consacrées au procès sont particulièrement intéressantes, et nous offrent une véritable « commedia dell’arte » de la mauvaise foi, jouée par des mafieux plus préoccupés de la traitrise au code d’honneur de Buscetta que de leurs crimes. Marco Bellochio réussit le tour de force de nous présenter les faits, ceux d’un assassin et ceux d’un bon père, nous permettant d’éprouver de l’empathie pour Tommaso Buscetta, mais pas pour autant de la sympathie !