L’été du commissaire Ricciardi / Il posto di ognuno, l’estate del commissario Ricciardi, Maurizio de Giovanni.

L’auteur

 

Né en 1958 à Naples, Maurizio de Giovanni, d’abord banquier, est devenu l’auteur de nombreux romans policiers. Ses deux séries les plus connues se déroulent à Naples : celle du Commissaire Ricciardi au début des années trente, et celle du commissaire Lojacono, à l’époque actuelle.

 

Le roman

 

Le roman de Maurizio De Giovanni a plus que rempli sa mission : me transporter à Naples, loin de notre quotidien un peu angoissant. Pourtant, la situation n’est pas non plus des meilleures en ce début des années trente dans la grande ville parthénopéenne : la chaleur est étouffante, le peuple vaque difficilement à ses occupations pour pouvoir manger, le fascisme s’installe peu à peu.

Le commissaire Ricciardi voit toujours des « choses » : son don malheureux lui impose en effet de voir les morts assassinés ou décédés d’une mort violente, au moment de leur passage de vie à trépas. Et c’est le cas de la Duchesse de Camprino que l’on vient de retrouver dans son palais napolitain, la tête percée d’une balle silencieuse mais fatale. Personne n’a rien entendu, d’une part parce qu’un coussin maintenu contre le visage de la victime a atténué le bruit de la détonation, mais aussi parce qu’une grande fête populaire battait son plein dans le quartier.

L’enquête s’oriente aussitôt vers Capece, un journaliste connu qui était l’amant de la Duchesse : celle-ci vivait en effet de façon indépendante, sans se préoccuper de son époux, le vieux Duc de Camprino, malade et alité depuis longtemps. Ricciardi se met aussitôt au travail, aidé du brigadier Maione qui, fâché contre sa femme, entame un régime, se privant ainsi des plats délicieux de celle-ci.

Ricciardi a quant à lui la surprise de rencontrer la très belle Livia Lucani qui lui annonce qu’elle vient passer de longues vacances à Naples, dans le seul but de faire plus ample connaissance avec lui. Mais le commissaire reste attiré par la douce Enrica Colombo qu’il continue à contempler chaque soir par la fenêtre. Jusqu’à ce qu’il se rende compte que la famille Colombo reçoit un jeune homme qui se comporte comme un prétendant…

Tome après tome -il s’agit ici du troisième-, la série des enquêtes du commissaire Ricciardi est la certitude d’une lecture agréable et prenante et d’un voyage dépaysant à Naples dans une période historique troublée. Outre l’enquête en elle-même, les interrogations du commissaire Ricciardi sur sa vie sentimentale prennent ici de l’importance : il ira jusqu’à remettre en question la décision qu’il avait prise de ne pas imposer à une femme la malédiction dont il est l’objet. Il y a enfin l’aspect historique avec la montée du fascisme que l’on sent plus présent que dans les tomes précédents. La recette de Maurizio de Giovanni fait donc appel à de multiples ingrédients, une intrigue policière, des éléments historiques et sociaux, un peu de fantastique, de l’humour, des sentiments, le tout servi par un style fluide et une construction dynamique. Mes prochains achats, sans aucun doute, seront « L’automne du commissaire Ricciardi » et « L’hiver du commissaire Ricciardi ». C’est donc par une excellente lecture que je début le mois italien !

 

L’été du commissaire Ricciardi, Maurizio De Giovanni, traduit de l’italien par Odile Rousseau, Rivages/Noir, 2014, 405 p.   

 Il posto di ognuno, l’estate del commissario Ricciardi, Maurizio de Giovanni, Einaudi, 2013, 325 pp.

 

Km 123, Andrea Camilleri

 

Voici le dernier roman d’Andrea Camilleri, dans tous les sens du terme, puisqu’il est paru en mars 2019, soit quelques mois avant la disparition du maestro sicilien ! Et c’est encore une jolie réussite puisque ce « giallo » très court est très plaisant à lire. C’est en effet un roman policier très prenant, même si l’intrigue n’est pas compliquée et si j’avais découvert le coupable avant la fin de ma lecture, sans pour autant connaître les détails de l’affaire !

C’est au kilomètre 123 de la Via Aurelia que Giulio est victime d’une grave accident de la route. Transféré à l’hôpital dans un état grave, il ne répond bien sûr pas aux textos empressés, inquiets puis affolés qu’Esther lui envoie. C’est Giuditta, la femme de Giulio, qui récupère le téléphone de son mari et le rallume. L’accident va-t-il être le point de départ d’un vaudeville entre le mari, la femme et l’amant ? Cela aurait pu être le cas, mais un témoin va révéler qu’il ne s’agissait peut-être pas d’un simple accident…

L’originalité de « Km123 » réside dans la narration qui, excepté quelques extraits d’articles de presse et des rapports de police relatant les faits, est presque exclusivement fondée sur des dialogues : échanges de textos, conversations téléphoniques… Le roman se déroule à Rome, mais il n’y a ni description des lieux, ni analyse psychologique des personnages : le tout donne un certain dynamisme au roman qui se lit d’une traite. Pas encore traduit en français, il est facile à lire en italien et ne contient pas d’expressions dialectales, comme les Montalbano.

« Km 123 » est suivi du texte d’une intervention de Camilleri consacrée au genre policier en Italie, et prononcée lors d’un colloque qui s’est tenu à l’Université de Rome en 2003.

 

Km 123, Andrea Camilleri, Mondadori Gialli, mars 2019, 154 p.

 

Lu dans le cadre de la semaine italienne organisée par Martine.

Le printemps du commissaire Ricciardi, Maurizio de Giovanni

L’auteur

Né en 1958 à Naples, Maurizio de Giovanni, d’abord banquier, est devenu auteur de nombreux romans policiers. Ses deux séries les plus connues se déroulent à Naples : celle du Commissaire Ricciardi au début des années trente, et celle du commissaire Lojacono, à l’époque actuelle.

 

Le roman

Une femme âgée que tout le monde aimait pour les bienfaits qu’elle prodiguait est assassinée chez elle. Une jeune femme détestée de tout le voisinage, qui la traite de « putain » pour la seule raison qu’elle vit seule avec son fils et qu’elle est exceptionnellement belle, se fait taillader le visage.

Le commissaire Ricciardi, aidé du brigadier Maione, se lance dans l’enquête et découvre très vite que la vieille femme était en réalité cartomancienne et, accessoirement, usurière. Elle manipulait tout le monde et n’était pas la bonne âme présentée d’abord par la concierge, loin s’en faut. Mais peu importe, la vérité doit être faite et le commissaire Ricciardi s’y attelle avec passion. Quant au brigadier Maione, il porte une attention toute particulière à la belle jeune femme défigurée…

Voilà pour l’intrigue, mais là n’est pas l’intérêt des romans policiers de Maurizio de Giovanni, en tout cas pour ce qui concerne la série consacrée au commissaire Ricciardi, cet homme jeune, beau, profond, qui ne laisse apparaître aucune émotion, et qui a un don particulier : il voit la « Chose » c’est-à-dire la mort, puisqu’il distingue et entend les fantômes qui n’ont pas encore trouvé le repos, ceux des victimes assassinées. Un zeste de fantastique donc, qui confère au personnage principal une aura énigmatique, sombre et mélancolique.

Mais c’est autre chose qui donne aux enquêtes du commissaire Ricciardi toute leur saveur : l’écriture d’abord, la structure -l’auteur introduit les différents personnages, assez nombreux, en de courts paragraphes qui se succèdent. Et surtout la description des personnages eux-mêmes, jamais stéréotypés et pourtant tellement bien caractérisés qu’on les visualise sans effort. Et puis il y a Naples, dont l’auteur aime à décrire les odeurs, les mouvements de l’air, l’influence de la période -ici le printemps- sur les habitants. Les senteurs florales voisinent ainsi avec des effluves plus répugnants qui s’élèvent des quartiers pauvres de la ville.

On apprend beaucoup sur l’histoire de la ville : que la via Toledo nommée ainsi par les Espagnols fut pour quelques temps rebaptisée via Roma, que le Surrogato était un ersatz de café que les Napolitains buvaient pendant la période fasciste, que Naples comptait plusieurs écrivaines populaires en ce début des années trente…

C’est donc d’une traite que j’ai dévoré « Le printemps du commissaire Ricciardi » et je compte bien poursuivre la série !

Le printemps du commissaire Ricciardi, Maurizio de Giovanni, traduit de l’italien par Odile Rousseau, Editions Rivages/Noir, 2013, 427 p.

La condanna del sangue, Maurizio de Giovanni, Einaudi, Stile libero big, 2012, 304 p.

 

Le commissaire Ricciardi en BD et en VO ! Il senso del dolore, Maurizio de Giovanni, Falco et Bigliardo

 

Le commissaire Ricciardi est confronté à l’assassinat d’une véritable gloire nationale, le ténor Arnaldo Vezzi, un homme aussi désagréable que talentueux, très apprécié par le Duce. Autant dire que l’homme s’était fait de nombreux ennemis ! En cette froide soirée de l’hiver 1931, Vezzi est donc retrouvé mort dans sa loge fermée de l’intérieur, peu avant son entrée sur la scène du célèbre théâtre San Carlo de Naples.

 

Arnaldo Vezzi devait apparaître dans « Pagliacci », une oeuvre courte du compositeur napolitain Leoncavallo, qui devait immédiatement succéder à la représentation de « Cavalleria rusticana ». Le commissaire Ricciardi est chargé de l’enquête à laquelle il s’attelle aussitôt avec Maione, son fidèle bras droit depuis qu’ils ont tous deux retrouvé l’assassin du fils de Maione, qui était lui aussi policier.

Ce premier volume est l’occasion de faire connaissance avec le héros des polars de Maurizio de Giovanni, le commissaire Luigi Alfredo Ricciardi di Malomonte, un jeune homme beau, élégant et très droit, qui tient beaucoup à respecter la procédure dans tous les cas de figure. Mais ce héros qui accumule les qualités est hanté par ses fantômes, celui des créatures de la rue qui ont été assassinées : Ricciardi dispose d’un « don » maudit qui lui aurait été transmis par sa mère et qui le fait beaucoup souffrir, puisqu’il est torturé par la douleur que ressentent les personnes assassinées  lorsqu’elles doivent se détacher de la vie et qu’elles vivent leur dernier souffle.

Cette première intrigue est illustrée par le dessinateur Daniele Biglierdo qui, quand il était enfant, se rendait régulièrement dans les coulisses du théâtre San Carlo où sa mère était choriste. On peut découvrir Naples avec ses tramways de l’époque, la Piazza Municipio d’alors, où se trouve le bureau de Ricciardi, mais aussi des lieux qui n’ont pas changé, tels le Théâtre San Carlo, le café Gambrinus ou la galerie Vittorio Emanuele, entre autres.

Les dessins sont principalement en noir et blanc, avec des ajouts de bleu qui donne la tonalité générale, couleur choisie pour cet épisode, afin de conférer la froideur nécessaire à cette histoire hivernale. Des détails racontés par le dessinateur dans l’interview qui conclut l’album.

Au total, 174 pages d’un vrai régal, qui me mettent l’eau à la bouche pour les volumes suivants !

 

Le stagioni del commissario Ricciardi, Il senso del dolore, Maurizio de Giovanni, Claudio Falco, Daniele Bigliardo. Sergio Bonelli editore, 2017, 174 p.

 

Participation au challenge polars et thrillers chez Sharon et au challenge Il viaggio chez Martine

 

 

Les ombres de Montelupo/ Le ombre di Montelupo, Valerio Varesi

L’auteur

 

Valerio Varesi est né à Turin en 1959. Après des études de philosophie à l’université de Bologne, il devient journaliste à La Repubblica. En 1998, il publie le premier tome d’une série dédiée aux enquêtes du commissaire Soneri, « Ultime notizie di una fuga ». Le quatrième tome, paru en 2003, « Il fiume delle nebbie » est le premier de la série à être traduit en français par les éditions Agullo, sous le titre « Le fleuve des brumes ». Il sort ensuite en format de poche au cercle Points. La deuxième enquête, « La pension de la via Saffi » (« L’affittacamere »), est parue en poche début 2018,  tandis que les éditions Agullo publiaient une troisième enquête du commissaire Soneri sous le titre « Les ombres de Montelupo » (« Le ombre di Montelupo »).

 

Les ombres de Montelupo

 

Voici la troisième enquête du commissaire Soneri que je lis et j’aime tout particulièrement la façon dont l’auteur installe les ambiances et décrit les atmosphères. Après les pluies incessantes et les brumes enveloppantes du Pô (Le fleuve des brumes), après le froid humide et perçant du centre historique de Parme (La pension de la via Saffi), c’est encore en automne, mais cette fois dans les montagnes des Apennins, que Valerio Varesi déroule son intrigue. Entre les brouillards qui tour à tour enrobent les sommets et envahissent les fonds de vallée, l’été de la Saint-Martin laisse subsister quelques moments d’un soleil automnal éblouissant dans un air d’une limpidité propre à l’altitude. Autant de lumière, de sensations, d’odeurs de terre mouillée dans lesquelles l’auteur nous plonge.

Le commissaire Soneri se trouve en vacances dans le village dont son père était originaire. Il recherche la tranquillité et la solitude de la montagne et s’élance chaque matin sur les sentiers pour ramasser des champignons. Mais la disparition de Rodolfi, producteur de charcuterie et employeur d’une grande partie des habitants du village, met un terme à des vacances qui n’avaient pas vraiment commencé.

Soneri apprend en effet que la plupart des habitants avaient prêté de l’argent aux Rodolfi : l’endroit n’est plus qu’un village peuplé de créanciers qui tremblent de tout perdre et qui se lancent à la recherche du fils de Rodolfi, espérant récupérer les économies d’une vie entière.

 

On retrouve, comme dans les deux précédents épisodes, la nostalgie que Soneri éprouve face au passé. Elle prend cette fois la forme d’une légère amertume lorsque Soneri s’aperçoit qu’il est devenu un étranger pour les habitants du village dont il n’a pas toute la confiance. Comme il est attachant ce commissaire au fort besoin d’introspection, avec sa lucidité, son humanité, mais aussi sa mélancolie ! Il recherche le silence et réfléchit, et à son image, le roman se déroule lentement, il nous envoûte sans nous lasser. Je ne crois pas que, comme le « Slow food », gage de qualité, le « Slow Giallo » existe en Italie, mais si tel était le cas, les romans policiers de Valerio Varesi en seraient les dignes représentants !

 

* Giallo : nom donné en Italie au roman policer, au genre policier. Signifie « jaune », de la couleur des couvertures d’une ancienne collection de policiers publiée par les éditions Mondadori.

 

Les ombres de Montelupo, Valerio Varesi, traduit de l’italien par Sarah Amrani, Agullo Editions, mars 2018, 309 p.

Le ombre di Montelupo, Valerio Varesi, Frassinelli, aprile 2005, 247 p.

 

La pension de la via Saffi/L’affittacamere, Valerio Varesi

L’auteur

 

Valerio Varesi est né à Turin en 1959. Après des études de philosophie à l’université de Bologne, il devient journaliste à La Repubblica. En 1998, il publie le premier tome d’une série dédiée aux enquêtes du commissaire Soneri, « Ultime notizie di una fuga ». Le quatrième tome, paru en 2003, « Il fiume delle nebbie » est le premier de la série à être traduit en français par les éditions Agullo, sous le titre « Le fleuve des brumes ». Il est ensuite sorti en format de poche au cercle Points. La deuxième enquête, « La pension de la via Saffi » (« L’affittacamere »), vient également de paraître en poche, tandis que les éditions Agullo viennent de publier une autre enquête du commissaire Soneri sous le titre « Les ombres de Montelupo ».

 

La pension de la via Saffi

 

Après avoir beaucoup apprécié « Le fleuve des brumes » de Valerio Varesi, j’attendais avec impatience la sortie en poche de la seconde enquête du commissaire Soneri intitulée « La pension de la Via Saffi ». Paru en avril dernier, il arrivait à point nommé pour le mois italien.

Nous sommes à Parme, quelques jours avant Noël et le commissaire Soneri est l’un des seuls à ne pas se laisser gagner par l’effervescence mercantile qui règne dans la ville. Alors qu’il espère avoir enfin le temps de laisser libre cours à ses pensées, il se trouve face à une nouvelle énigme : la propriétaire d ’une petite pension de famille située dans le centre historique de Parme vient d’être assassinée. Or le commissaire Soneri connaissait la victime, Ghitta Tagliavini, puisque celle-ci accueillait par le passé dans sa pension de nombreux étudiants, dont Ada, sa future femme. Soneri passait d’ailleurs souvent à la pension pour rencontrer Ada.

L’enquête laisse très vite apparaître que la pension Saffi n’avait plus grand-chose à voir avec celle que Soneri avait connue. Devenus riches, les étudiants ne se contentent plus aujourd’hui d’une simple pension et la propriétaire s’était tournée depuis quelques temps vers une nouvelle clientèle, en choisissant de louer ses chambres en journée à des couples, dont beaucoup étaient illégitimes…

Le commissaire Soneri se dévoile un peu plus dans cette seconde enquête, où l’on apprend l’épisode douloureux de son veuvage précoce. Angela est toujours fidèle au poste pour le soutenir, ce qui n’est pas forcément drôle pour elle, car Soneri exprime peu ses sentiments. L’ensemble se déroule dans une atmosphère froide et brumeuse : les petites rues tortueuses du centre de la ville, pleines d’un épais brouillard, évoquent sans doute les méandres du passé de Soneri.

Le commissaire est en effet nostalgique de son passé, mais aussi de toute une époque, où Parme était encore une ville provinciale, où les gens se connaissaient, se parlaient. Il regrette que la ville soit maintenant gangrénée par la corruption et envahie par des étrangers, qu’il ne rejette pas, bien au contraire, mais dont il regrette qu’ils ne parviennent pas à s’intégrer et constituent des communautés qui vivent à côté des italiens, et non avec eux.

J’aime beaucoup le regard lucide et nostalgique que Soneri porte sur l’Italie, d’autant qu’il reste toujours mesuré dans ses propos. L’enquête elle-même nous en dit beaucoup sur l’évolution du pays, et cela prime sur les faits en eux-mêmes et sur l’intrigue et le suspense qui sont finalement secondaires. Le rythme lent donne une certaine profondeur au roman, mais risque de ne pas plaire aux amateurs de polars rapides aux multiples rebondissements. En revanche, pour les autres, c’est une série à suivre, sans aucun doute !

 

La pension de la Via Saffi, Valerio Varesi, traduit de l’italien par Florence Rigollet, Points Seuil P4772, avril 2018, p306.

 

Lu dans le cadre du mois italien chez Martine

La méthode du crocodile, Il metodo del coccodrillo, Maurizio de Giovanni.

L’auteur

Maurizio de Giovanni est un auteur napolitain né en 1958. Après une série de romans policiers mettant en scène le commissaire Ricciardi à Naples dans les années 30, l’auteur décide de se consacrer à une nouvelle série sur les enquêtes de l’inspecteur Lojacono pour laquelle il reçoit le prix Giorgio Scerbanenco en 2012.  Après « La Méthode du crocodile », ont été traduits en français « La Collectionneuse de boules à neige » et « Et l’obscurité fut ».

La série italienne comporte ensuite :

Gelo per i Bastardi di Pizzofalcone (2014)

Cuccioli per i bastardi di Pizzofalcone (2015)

Pane per i bastardi di Pizzofalcone (2016)

Vita quotidiana dei Bastardi di Pizzofalcone (2017)

La série vient d’être adaptée pour la télévision et la première saison a été diffusée sur la RAI en janvier 2017.

 

 

La méthode du crocodile, Maurizio de Giovanni

Premier d’une série qui remporte un grand succès en Italie, « La méthode du crocodile » se déroule à Naples, où l’inspecteur Giuseppe Lojacono vient d’être transféré depuis sa Sicile natale. Son nom ayant été cité par un mafieux lors d’une enquête, la hiérarchie de l’inspecteur doute de son intégrité et préfère l’envoyer au loin, précaution ou punition, la frontière est bien mince…

En tout cas, le mal est fait, notamment en ce qui concerne la vie privée de l’inspecteur, puisque sa femme lui a retiré sa confiance, en choisissant de céder aux désignations honteuses de ses connaissances, plutôt que de soutenir son mari dans cette épreuve. Et surtout en le privant de sa fille adolescente, Manuela, dont Lojacono souffre beaucoup d’être séparé.

L’inspecteur Lojacono s’ennuie donc ferme à Pizzofalcone, siège de la police judiciaire napolitaine où il se retrouve cantonné dans des tâches ingrates. Sa présence sur les lieux d’un crime, parce qu’il était de garde ce jour-là, et sa perspicacité envers quelques détails, lui valent d’être remarqué par Piras, la jeune magistrate en charge du dossier.

Il est vrai que le temps presse. Un jeune homme vient d’être tué alors qu’il rentrait chez lui, et bientôt, c’est le tour d’une fille de quatorze ans. Un troisième meurtre sera bientôt découvert et les journalistes commencent à douter de l’efficacité de la police. Un tueur en série est-il à l’œuvre à Naples ? D’autres jeunes en seront-ils victimes ? Les indices sont maigres : des mouchoirs en papier imbibés de larmes sont retrouvés sur les scènes de crime, le modus operandi est à peu près identique à chaque fois, mais l’on n’en sait guère plus.

Pourtant, nous suivons le tueur pas à pas puisque nous assistons à son arrivée à Naples, à ses préparatifs et aux meurtres eux-mêmes. Le mystère reste toutefois entier quant à son identité, jusqu’à la fin de ce roman aux courts chapitres qui se succèdent en multipliant habilement les points de vue.

Extrêmement bien construit, « la méthode du crocodile » nous égare parfois volontairement pour mieux nous tenir en haleine jusqu’au bout. Les personnages sont intéressants, l’inspecteur Lojacono lui-même, qui sort peu à peu de la torpeur dans laquelle sa sanction l’avait plongé pour reprendre goût à la vie, tout comme les deux principaux personnages féminins, Letizia et la juge Piras, dont on devine qu’elles joueront un rôle important dans la suite de la série.

Au total, un polar implacable, à l’écriture nerveuse et précise, soucieux de la psychologie des personnages, dont je vais très vite commander le second tome, publié en français sous le titre « La collectionneuse de boules de neige ».

Il metodo del cocodrillo, Maurizio de Giovanni, Einaudi, Stile libero Big, Torino, 2016, 293p.

La méthode du crocodile, Maurizio de Giovanni, traduit de l’italien par J-L Defromont, Editions 10/18, juin 2014, 312 p.

 

Livre lu en VO dans le cadre de la semaine italienne de Martine, du challenge Leggere in italiano et du challenge Polars et thrillers chez Sharon.

Le fleuve des brumes, Valerio Varesi.

L’auteur

 

Valerio Varesi est né à Turin en 1959. Après des études de philosophie à l’université de Bologne, il devient journaliste à La Repubblica. En 1998, il publie le premier tome d’une série dédiée aux enquêtes du commissaire Soneri, « Ultime notizie di una fuga ». Le quatrième tome, paru en 2003, « Il fiume delle nebbie » est le premier de la série à être traduit en français par les éditions Agullo, sous le titre « Le fleuve des brumes ». Il vient de sortir en format de poche au cercle Points. Les éditions Agullo viennent de publier une autre enquête du commissaire Soneri sous le titre « La pension de la via Saffi ».

 

Le fleuve des brumes

 

 

Les italiens sont à l’origine du «Slow food». Un mouvement devenu international dont les déclinaisons constituent aujourd’hui la «slow life», -il existe même le «slow blogging»- qui consiste à refaire… ce que l’on faisait avant, c’est-à-dire prendre son temps et approfondir ! Le roman de Valerio Valeri, publié en français en 2016 par les éditions Agullo, mais paru en Italie en 2003, serait-il un précurseur aussi dans le domaine du roman policier ?  Un « slow giallo[1] » ou « slow polar » en quelque sorte ?

En tout cas, le commissaire Soneri prend son temps. Son enquête se déroule pianissimo, comme les eaux du Pô qui s’écoulent lentement dans la basse-plaine, des environs de Parme jusqu’à la mer Adriatique.  Mais Soneri n’a pas le choix. Les villages traversés vivent au rythme du fleuve, il faut attendre, toujours attendre : le passage des péniches, la montée des eaux, la fin des pluies, la décrue, puis l’arrivée du gel qui assèchera les peupleraies inondées ; attendre que les hommes se décident à parler, même un peu… pour faire avancer l’enquête.

Comme le reste du roman, l’intrigue démarre doucement. La pluie tombe depuis des jours. Rien d’anormal, un vrai temps de Toussaint. Les eaux du Pô montent rapidement et le trafic est à l’arrêt. L’ordre d’évacuation sera peut-être donné par le préfet. Il faut attendre, encore. Fatalistes, les hommes sont assis dans le cercle nautique et jouent aux cartes. Ils voient passer la péniche de Tonna, un vieux batelier qui connait le fleuve comme sa poche.

Etonnant tout de même de partir par ce temps… D’autant que dans les conversations focalisées sur la météo et la crue, certains disent avoir vu la péniche de Tonna, mais il n’y avait personne dans la cabine, au gouvernail. Le mystère s’épaissit d’heure en heure, tandis que la pluie continue de grossir les eaux du fleuve. Le brouillard s’en mêle bientôt. La péniche est introuvable, tout comme Tonna.

Le même jour, un suicide par défénestration se produit à l’hôpital voisin.  La victime, connue dans tous les services, était en réalité un homme en bonne santé qui venait plusieurs fois par semaine discuter avec les patients dans les salles d’attente. Etrange… Le commissaire Soneri appelé sur les lieux ne croit pas à la thèse du suicide : la victime n’est autre que le frère du batelier disparu sur le Pô.

Le fleuve des brumes est loin des clichés de l’Italie, de ses couleurs, de sa chaleur. C’est un roman policier d’atmosphère avant tout, qui plonge dans les méandres de l’histoire italienne, quand communistes et fascistes se vouaient une haine farouche. Le fleuve y apparaît comme métaphore de l’Histoire et de la haine qui couve, des sentiments qui prennent leur temps avant de trouver un accomplissement, de la vengeance, lente mais implacable. Un roman lent mais envoûtant, au charme particulier. Je lirai avec intérêt et surtout curiosité le second volet des enquêtes de Soneri, qui vient de paraître en français, mais j’attendrai sa sortie en poche. A réserver de toute façon aux « slow » lecteurs…

 

 

[1] Giallo : nom donné en Italie au roman policer, au genre policier. Signifie « jaune », de la couleur des couvertures d’une ancienne collection de policiers publiée par les éditions Mondadori.

Le fleuve des brumes , Valerio Varesi, traduit de l’italien par Sara Amrani, Points seuil n°P4531, mars 2017, 284p.

 

 

Livre lu dans le cadre du challenge polars et thrillers chez Sharon et du challenge Il viaggio chez Martine.

Il nuovo venuto, Marco Vichi.

 

C’est la troisième enquête du commissaire Bordelli que je lis et je n’ai pas été déçue, bien au contraire ! Nous sommes à la fin de l’année 1965 dans une Florence hivernale où les précipitations quotidiennes hésitent entre pluie et neige. Le commissaire Bordelli se demande avec qui il passera le réveillon de Noël et il interroge ses collègues à ce sujet.

Le travail le rappelle bien vite à l’ordre : un homme vient d’être assassiné chez lui, une paire de ciseau plantée dans la nuque. Les indices sont minces et Bordelli n’est pas très motivé. Il faut dire que la victime lui fait horreur, depuis qu’il a découvert qu’il s’agissait de Badalamenti, un usurier qui faisait chanter ceux qui étaient tombés sous sa coupe, allant même jusqu’à racheter leurs biens à bas prix, les plongeant dans une ruine certaine.

On s’en doute, la nouvelle de la mort de Badalamenti fait plus d’un heureux, parmi lesquels se cache sans doute le meurtrier. Faisant fi de la légalité, comme à son habitude, Bordelli décide d’aller rendre visite aux créanciers de l’usurier et de leur rendre lui-même les traites qui les liaient à l’odieux profiteur.

Bordelli se retrouve seul pour cette enquête, son fidèle adjoint, le jeune sarde Piras, étant en convalescence en Sardaigne : une fusillade lui a en effet causé une vilaine blessure à la jambe et il se remet doucement dans sa famille. Mais son instinct professionnel n’est pas au repos, et le suicide d’un proche lui paraissant suspect, il se lance sur les traces d’un ingénieur au passé trouble.

Marco Vichi nous emmène tranquillement sur ces deux pistes que les deux enquêteurs mènent séparément. Mais l’intrigue, peu compliquée, n’est pas l’objet de ce « giallo » : le thème central est bien le commissaire lui-même, dont l’auteur explore la psychologie et l’histoire.

Le commissaire Bordelli a l’impression désagréable de mal vieillir. Beaucoup de choses ont changé autour de lui et il regrette le passé. Certes, ses souvenirs de guerre sont toujours présents, comme dans les deux volumes précédents, mais il y a autre chose cette fois. Les jeunes qu’il a l’occasion de rencontrer dans son enquête lui font entrevoir l’existence d’un fossé entre leur génération et la sienne. Et pourtant, il se sent attiré par la jeune et belle Marisa qui lui rappelle Milena, dont il partageait la vie dans « Une sale affaire ».

Bordelli se demande s’il ne doit pas commencer à préparer sa retraite : à cinquante-cinq ans, il envisage de chercher une maison dans la campagne florentine où il pourrait jardiner et se retirer d’un monde de moins en moins fait pour lui. Mais parviendra-t-il vraiment à quitter sa ville ? Florence est d’ailleurs l’autre personnage central de « Il nuovo venuto », une ville bien éloignée de celle que les touristes connaissent : c’est une Florence populaire, celle des petites gens, des petits délinquants, ceux que fréquentent habituellement Bordelli, ceux qui n’ont pas été gâtés par la vie et auxquels le commissaire n’oublie d’ailleurs jamais de rendre justice.

Enfin, il y a les amis fidèles du commissaire. Rosa, bien sûr, pour qui il cherche un cadeau de Noël sortant de l’ordinaire, et puis le légiste Diotivede, avec lequel il échange toujours quelques piques bienveillantes, sans oublier Botta, le repris de justice fin-cuisinier qui a appris la cuisine du monde dans les différentes prisons qu’il a fréquentées…

L’ensemble donne un roman nostalgique, plein de sensibilité, et très humain. L’enquête policière n’est finalement que secondaire. Bordelli est un commissaire au grand cœur, un peu solitaire, mais sachant néanmoins s’entourer quand les circonstances le demandent. Un roman dont on attend avec impatience la traduction en français mais dont je suivrai, sans hésitation, la suite des aventures en italien !

Il nuovo venuto, Marco Vichi, edizioni TEA, Milano, mars 2015, 426 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien et du challenge Leggere in italiano.

 

 

 

Non è stagione, Antonio Manzini

non-e-stagione-antonio-manziniPublié en 2015 en Italie, « Non è stagione » est le troisième roman de la série policière consacrée aux enquêtes du vice-questeur Rocco Schiavone, un policier que j’ai découvert grâce à Martine qui m’a gentiment signalé la diffusion sur la Rai 2 des épisodes consacrés au héros d’Antonio Manzini. C’est donc après avoir vu la première saison de cette série que j’ai ouvert ces « gialli » (romans policiers en italien, du nom de l’ancienne collection à la couverture jaune des éditions Mondadori ), à l’occasion de cette lecture commune en VO. J’ai dévoré « Non è stagione », ainsi que « Era di maggio » dans la foulée, qui sera l’objet de la lecture commune du mois prochain.

Après « La pista nera » -traduit en français sous le titre « Piste noire » en 2015- et « La costola d’Adamo », -« Froid comme la mort », publié chez Denoël en 2016-, nous retrouvons le Val d’Aoste au printemps et pourtant, l’hiver est toujours là, avec la grisaille et la neige que déteste tant le vice-questeur Rocco Schiavone.  Ce policier romain se trouve « exilé » dans cette magnifique région qui n’a pas grâce à ses yeux et qu’il ne perçoit que comme froide et ennuyeuse.

Dans ce troisième roman, Rocco Schiavone se trouve devant une double enquête à mener. Il est d’abord appelé pour un accident de la route : une camionnette a perdu le contrôle et s’est écrasée dans le ravin dans lequel coule la rivière. Elément qui justifie l’intervention du vice-questeur, la plaque du véhicule n’est pas celle d’origine mais elle appartient à une voiture volée. Peu après, Rocco Schiavone est contacté par une jeune fille qui s’inquiète de ne pas avoir de nouvelles de son amie, Chiara Berguet. C’est d’autant plus curieux que le commissariat n’a reçu aucun avis de disparition de la famille de la jeune fille concernée.

Le vice-questeur se met alors à faire des recherches du côté de l’entreprise du père de la jeune disparue, qui semble avoir rencontré de graves difficultés financières. Les Berguet ont sans doute quelque chose à cacher. L’affaire de la camionnette refait surface plus tard, en lien avec la disparition de la jeune Chiara Berguet.

En ce qui concerne le personnage de Rocco Schiavone, cet épisode nous en apprend un peu plus sur son passé, et les raisons pour lesquelles il se retrouve bine malgré lui dans cette région montagneuse du Nord de l’Italie qui ne lui convient guère. Rocco continue à traîner son mal de vivre, s’accrochant au fantôme de Marina… Les dernières pages du roman vont le plonger dans un drame personnel dont on ne sait pas s’il se remettra.

C’est donc une période très noire que vit le vice-questeur et c’est peut-être pour cette raison que l’on s’attache encore davantage au personnage dans cet épisode : sa mauvaise humeur, sa façon de flirter -parfois largement- avec l’illégalité et son sens de la justice bien à lui, son humour aussi, ainsi que les personnages secondaires (l’idylle entre ses deux inspecteurs préférés, Italo et Caterina et la bonne volonté matinée d’incompétence de D’intino et Deruta), sont autant d’éléments qui font des enquêtes de Manzini un must dont je crois bien que nous ne pourrons plus nous passer. Il semble que Martine soit du même avis que moi…(lire ici)

Une grande réussite pour cette lecture en VO, qui en outre, n’est pas très difficile du point de vue de la langue !

Non è stagione, Antonio Manzini, Sellerio Editore, 2015, 328 p.

Livre lu dans le cadre du challenge Il viaggio chez Martine, du challenge Leggere in italiano et du challenge Polars et thrillers chez Sharon.

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