Un tour de passe-passe, de Marco Malvaldi

 

L’auteur

 

MalvaldiMarco Malvaldi, est né à Pise en 1974. Après avoir été tour à tour chercheur en chimie à l’Université de Pise, puis chanteur lyrique professionnel, il s’est tourné vers l’écriture de romans policiers. Il a d’abord publié un polar historique, Le mystère de Roccapendente, puis a entamé la série des retraités du Bar Lume : après La briscola à cinqle second épisode est aujourd’hui traduit en français : Un tour de passe-passe. La série  comporte quatre autres volumes qui ne sont pas encore publiés en français : Il re dei giochi, La carta più alta, Il telefono senza fili, et le tout dernier, Aria di montagna sorti en juillet 2015.

 

Un tour de passe-passe

 

un tour de passe-passe MalvaldiJe retrouve avec plaisir Massimo et sa bande de papys envahissants, dont j’ai fait la connaissance dans « La briscola à cinq » de Marco Malvaldi.  « Un tour de passe-passe » est en effet la deuxième enquête de la série de Marco Malvaldi, qui vient d’être traduite en français et publiée en format de poche dans la collection Grands Détectives des éditions 10/18. Pour rappel, le patron du Bar Lume, Massimo, célibataire de trente-sept ans, accueille -et pas toujours à bras ouverts- une bande de papys, parmi lesquels son grand-père Ampelio, qui passent une partie de la journée à jouer aux cartes en devisant sur tout et rien…

Dans le premier volume, un meurtre commis dans la petite station balnéaire de Pineta, où se trouve le Bar Lume, venait mettre un terme aux siestes prolongées de l’été et permettait à Massimo d’illustrer ses qualités de déduction. Nous sommes cette fois en mai et Massimo est chargé d’organiser le service traiteur pour un colloque de scientifiques qui se déroule à Pineta. L’un des participants, un illustre professeur japonais, est victime d’une chute et est conduit aux urgences où il décédera un peu plus tard d’un arrêt respiratoire. Etrange fin pour quelqu’un qui s’était simplement pris les pieds dans un tapis !

L’histoire fait le tour du village et les papys s’en donnent à cœur joie. À nouveau, Massimo propose ses services au commissaire pour résoudre cette enquête, dont la clé a un rapport avec l’ordinateur du scientifique japonais. Mais là n’est pas l’essentiel. Si pour vous l’intrigue prime, il vaut mieux passer votre chemin, car tout ici se trouve dans l’atmosphère et dans l’humour qui unit les différents protagonistes des enquêtes de Marco Malvaldi, Massimo, le commissaire Fusco et les papys joueurs de carte, ainsi que dans la critique de la société italienne qui se dessine en toile de fond.

Et comme dans toutes les séries policières où l’on suit souvent davantage la vie des personnages que les intrigues, nous faisons ici plus ample connaissance avec le sympathique patron du petit bar, Massimo, dont on apprend qu’il est aussi un humble mathématicien ! Nul doute que je continuerai à suivre avec plaisir les aventures de Massimo et du Bar Lume …

 

Un tour de passe-passe, Marco Malvaldi, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Editions 10/18, Collection Grands Détectives n°4939, Paris, Juin 2015, 189 p.

 

 

 

Le mystère de Roccapendente, de Marco Malvaldi

Le mystère de Roccapendente

Nous sommes en Toscane, dans la région de la Maremma, en 1895. Le soleil se lève sur le château de Roccapendente. Ce n’est qu’en fin d’après-midi, quand la chaleur commence à diminuer, que le Baron et son entourage sortent du château. Ce jour-là, il s’agit pour la famille Bonaiuti di Roccapendente d’accueillir un invité de marque, le célèbre cuisinier  Pellegrino Artusi, qui a d’ailleurs réellement existé. Chacun y va de son commentaire, essayant d’imaginer l‘apparence de l’hôte attendu : il est vrai qu’à l’époque, comme nous le rappelle l’auteur, on ignore beaucoup de choses sur le compte des personnes célèbres :

« En fin de compte, on se trouve à la fin du dix-neuvième siècle, où les gens célèbres le sont en général pour ce qu’ils font ou ce qu’ils disent, non pour leur aspect physique qui, le plus souvent, demeure inconnu de tous, ou presque. Heureux temps ».

Tandis que la famille guette l’arrivée de son hôte illustre, Marco Malvaldi nous présente une savoureuse galerie de personnages : le Baron a deux fils, Gaddo et Lappo, ainsi qu’une fille, Cecilia. Le fils aîné, Gaddo, toise ses semblables du haut de son arrogance oisive d’homme du monde qui n’est habile qu’à dilapider la fortune familiale. Quant au plus jeune, Lappo, il n’est guère intelligent : poète à ses heures, mais sans talent, Gaddo vit dans l’espoir de rencontrer son idole, le grand poète italien -et toscan- Carducci. Le portrait est en effet sévère :

« Une des malédictions les plus communes pour les hommes puissants est d’avoir un fils idiot. Les exemples historiques sont innombrables avec une évidence particulière dans le monde politique… ».

Au contraire, Cecilia est une jeune fille intelligente au regard franc, malheureusement enfermée dans la retraite forcée des femmes nobles de cette époque. La grand-mère, mère du Baron, est âgée bien sûr, mais aussi obèse et paralytique : une « dignité à roulettes », qui est aidée par Mademoiselle Barbarici, son infirmière et dame de compagnie, qui a peur d’absolument tout et subit en permanence les humiliations de l’odieuse grand-mère. Ajoutons à cela les cousines du baron, deux sœurs qui ont en commun d’être vieille fille et de mener une vie inutile. Enfin, les domestiques : Teodoro, le majordome du baron, la cuisinière Parisina, et la femme de chambre Agatina qui vivent dans les sous-sols, où les maîtres ne descendent presque jamais.

Le lendemain de l’arrivée du grand Artusi, la maisonnée est réveillée par un cri inhumain : le majordome est découvert mort, dans la cave, où il se trouve enfermé de l’intérieur. Teodoro était un majordome élégant, d’une aide précieuse, et à l’esprit facétieux, lui qui n’hésitait pas à ne porter ni chaussettes ni caleçon sous son uniforme, en raison de la chaleur. Le médecin ne pouvant conclure à une mort naturelle, il appelle le délégué à la sécurité publique, Artistico, qui vient rapidement mener son enquête. Sa présence n’empêchera toutefois pas le Baron d’être lui-aussi victime d’une tentative d’assassinat…

Le mystère évoqué dans le titre n’est finalement pas l’élément essentiel de ce roman très réjouissant. Comme le titre français, celui de l’édition espagnole met l’accent sur l’enquête, et l’on pourrait traduire « El caso del mayordomo assessinado » par « L’affaire du majordome assassiné ». Pourtant l’édition italienne ne fait aucune référence à l’intrigue policière : le titre, « Odore di chiuso » que je traduirais par « une odeur de renfermé », évoquant davantage la fin d’un monde, et le huis clos dans lequel vit la famille Bonaiuti.

En effet, tout est prétexte à la moquerie de l’auteur qui se place souvent en commentateur averti de l’affaire. Nous sommes à la fin du XIXème siècle, soit trente ans après le début d’une unité italienne qui n’est pas toujours réalisée dans les faits. La noblesse joue encore un rôle prépondérant, dans les campagnes notamment, mais elle est en pleine décadence et commence à perdre peu à peu son pouvoir.

« Le problème, quand on a été élevé de manière dogmatique, réside en ce que, en général, sitôt sorti des situations connues et définies, dans lesquelles on est parfaitement à l’aise, on perd la tête. Le code du savoir-vivre du noble bien éduqué, par exemple, n’expliquait pas du tout de quelle manière il faut se comporter quand on tire sur un de vos parents par traîtrise à travers une haie ».

Peu habitué à recevoir des ordres, le baron (terme parfois utilisé par l’auteur dans une acception plus moderne faisant référence à « un certain type de personnes et leur utilisation de la chose publique ») et sa famille n’acceptent pas l’ingérence du délégué à la sécurité publique. Lequel est lui aussi prompt à laisser libre cours à ses préjugés en accusant rapidement la femme de chambre. A travers ce portrait d’un monde décadent surgit une critique de l’Italie contemporaine, qui fait du Mystère de Roccapendente, une lecture très divertissante.

Le mystère de Roccapendente, Marco Malvaldi, 10/18, Collection Grands Détectives, Paris, juin 2013, 209 p.

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Un des personnages principaux du « mystère de Roccapendente » de Marco Malvaldi est le cuisinier italien Pallegrino Artusi qui a réellement existé : né en 1820 et mort en 1911, Artusi est l’auteur du livre qui a contribué à construire l’identité culinaire des italiens, « La scienza in cucina e l’arte di mangiar bene » (« La science en cuisine et l’art de bien manger »).

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Publié pour la première fois en 1891, « La scienza in cucina e l’arte di mangiar bene » a été la source de l’inspiration culinaire de plusieurs générations de chefs. Son auteur, Pellegrino Artusi, y a réuni 475 recettes, fruit d’années d’expérience et de nombreux voyages. L’auteur a procédé à de nombreux ajouts, et la dernière édition publiée après sa mort ne contenait pas moins de 790 recettes. Le livre est régulièrement réédité en Italie : la dernière édition, commentée et annotée, a été publiée en 2010.

 

scienza in cucina 2010

 

La ville natale d’Artusi, Forlimpopoli, en Emilie-Romagne, accueille aujourd’hui de nombreuses manifestations dédiées à la cuisine. Depuis 1997, la Festa artusiana, se déroule chaque année pendant une dizaine de jours au mois de juin et réunit des gastronomes en tous genres, amateurs et spécialistes, autour de dégustations, de cours, de conférences, avec la présence dans la ville, bien sûr, de nombreux points de restauration…

 

forimpopoli

 

Une maison dédiée à Artusi a également été créée en 2007 : la casa Artusi est un centre consacré à la culture gastronomique, et plus particulièrement à la cuisine domestique ou familiale.

 

Pour en savoir plus (source) : http://www.pellegrinoartusi.it/

 

 

 

 

 

La briscola à cinq, Marco Malvaldi

L’auteur

 

Malvaldi

Marco Malvaldi, est né à Pise en 1974. Après avoir été tour à tour chercheur en chimie à l’université de Pise, puis chanteur lyrique professionnel, il s’est tourné vers l’écriture de romans policiers. Il a d’abord publié un polar historique, Le mystère de Roccapendente, puis a entamé la série des retraités du Bar Lume, dont La briscola à cinq est le premier épisode.

 

La briscola in cinque

 

La briscola à cinq

Pour nous plonger dans l‘atmosphère des vacances, rien de tel que ce polar italien qui évoque cappucino et foccaccia, puisqu’il a pour décor principal un bar de la côte toscane.

L’action se déroule en effet à Pineta, petite station balnéaire toscane à la mode. Massimo y est un patron de bar particulièrement attentif à la santé de ses clients, mais aussi au respect des habitudes italiennes, et de ses propres envies : il ne servira jamais un café en pleine chaleur, surtout parce qu’il a lui-même trop chaud pour le préparer, ni un apéritif avant le déjeuner, parce que c’est pour lui une « aberration mentale » de boire de l’alcool à jeun dans un bar climatisé avant de s’exposer aux quarante degrés ambiants de la Toscane au mois d’août.

Massimo surveille également le nombre de crèmes glacées qu’ingurgite son papy, fringant octogénaire qui squatte le Bar Lume avec sa bande de copains, et dont l’activité favorite est la briscola, jeu de carte italien. Sans oublier la pratique du sport national : « se mêler de ce qui ne vous regarde pas » autrement dit, la « chiachierrata », « tchatche » qui consiste à donner son avis sur tout et à le proclamer haut et fort.

Et l’occasion de se mêler de ce qui ne les regarde pas est offerte aux retraités du Bar Lume, lorsque Massimo voit entrer dans son café un jeune homme fortement alcoolisé qui dit avoir découvert un cadavre dans une poubelle et en avoir informé la police qui ne l’a pas cru, en raison de son état d’ébriété. L’information est pourtant réelle et Massimo se retrouve rapidement au commissariat, aux prises avec « l’Illustrissime commissaire Fusco », un homme antipathique, « susceptible, arrogant, obstiné, prétentieux et vaniteux » qui lui demande de le tenir au courant s’il en apprend davantage sur la victime, la jeune Alina Costa. Dès lors, Massimo s’improvise enquêteur malgré lui, et c’est notamment en écoutant clients et habitués, que ce patron de bar à l’intelligence supérieure finit par élucider le meurtre, après avoir évité à un innocent une inculpation trop rapide.

La briscola à cinq est un excellent polar fondé sur la réflexion, et centré autour d’un patron de bar atypique, héros sérieux, à l’humour bien particulier, qui sait tirer profit de ce qu’il voit et entend autour de lui. On ne demande qu’à découvrir la suite de la série qui connaît un grand succès en Italie, mais qui n’est pas encore traduite en français.

La briscola à cinq, Marco Malvaldi, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, éditions 10/18, collection Grands détectives, Paris, juin 2014, 167 p.