L’enfant perdue / Storia della bambina perduta, Elena Ferrante.

Le quatrième tome tant attendu de la saga d’Elena Ferrante vient de sortir en français chez Gallimard ! Je l’ai lu l’été dernier en italien et je vous livre quelques réflexions nées de ma lecture. Vous pouvez lire cette chronique sans crainte, puisque je ne divulgue absolument rien de l’intrigue !

Pour rappel, Elena et Lila sont deux amies d’enfance, nées en 1944 dans un quartier populaire de Naples. Au début de « L’amie prodigieuse », le premier tome, Lila, âgée de soixante-six ans, a disparu. Nous sommes en 2010 et Elena commence à raconter l’amitié naissante entre les deux petites filles. Elle cherche une explication à la disparition de son amie et poursuit sa narration au cours des trois volumes suivants.

Dans « Le nouveau nom », puis « Celle qui fuit et celle qui reste », Elena parvient, grâce à sa brillante scolarité, à s’extraire de son milieu modeste et à intégrer la prestigieuse école normale de Pise. Elle devient écrivain, vit dans le nord de l’Italie puis épouse Pietro, un universitaire, et s’installe avec lui à Florence, où ils ont deux filles, Dede et Elsa. Quant à Lila, elle abandonne très vite l’école et, après un mariage raté avec Stefano, dont elle a un fils, elle travaille durement dans une fabrique de mortadelle où elle est exploitée, mais arrive à s’en sortir grâce à son caractère combatif. Elle s’installe ensuite avec Enzo et monte avec lui une entreprise informatique florissante et n’hésite pas à refuser de céder à la mafia contre sa protection.

Ce quatrième volume enfin traduit en français sous le titre de « L’enfant perdue » débute dans les années soixante-dix. Elena, qui vient de quitter Pietro, part à Montpellier avec Nino, son grand amour de toujours, pour participer à un colloque universitaire… je ne vous en dévoilerai pas davantage puisque le roman vient de paraître !

 

De ce dernier tome, j’ai retenu une citation qui me paraît emblématique :

« Solo nei romanzi brutti la gente pensa sempre la cosa giusta, dice sempre la cosa giusta, ogni effetto ha la sua causa, ci sono quelli simpatici e quelli antipatici, quelli buoni e quelli cattivi, tutto alla fine ti consola ». (Storia della bambina perduta, p. 429 edizione originale). 

« Ce n’est que dans les mauvais romans que les gens pensent toujours la bonne chose, disent toujours la bonne chose, chaque effet a sa cause, il y a les gentils et les désagréables, les bons et les méchants, tout cela finit par te réconforter ». (L’enfant perdue p.429 édition originale.)

 

Là se trouve la clé de toute la narration. Les personnages évoluent, ils ne sont jamais blancs ni noirs, et le lecteur évolue également au rythme de l’auteur :  avez-vous toujours aimé l’une des deux amies et détesté l’autre ? C’est possible, mais moi non. Au contraire, mes sentiments ont beaucoup évolué au fil de la narration ; c’est en tout cas ce que j’ai ressenti (vous me direz ce que vous en pensez).

Ainsi, Elena, qui me plaisait beaucoup au cours des deux premiers volumes, m’est-elle apparue comme davantage égoïste par la suite. Elle néglige souvent ses enfants, et les fait systématiquement passer après l’amour et après son travail. Inversement, Lila, qui j’avais d’abord perçue comme dure, jalouse, souvent centrée sur elle-même, m’est apparue sous un jour complètement différent dans ce quatrième tome. En réalité, chacune fait de son mieux, et selon les périodes de sa vie, y parvient plus ou moins bien. Le point commun étant qu’elles s’en sortent, sont fortes et indépendantes et que l’auteur ne porte jamais de jugement de valeur sur leurs erreurs.

Ainsi, l’amitié n’est ni décriée, ni sur-valorisée. Elle est centrale, tout simplement :

« Ogni rapporto intenso tra essere umani è pieno di tagliole e se si vuole che duri, bisogna imparare a schivarle ; »

« Chaque relation intense entre êtres humains est pleine de pièges et si vous voulez qu’elle dure, vous devez apprendre à les éviter ; « 

 

Au-delà du récit de l’amitié de Lila et Elena, toute l’histoire de l’Italie contemporaine défile dans ce quatrième tome, de l’enlèvement d’Aldo Moro à la période berlusconienne, en passant par l’opération « mains propres » du début des années quatre-vingt-dix, et par la faillite du communisme et du socialisme italiens. Chacun des personnages se trouve impliqué politiquement, d’une façon ou d’une autre.

On apprend beaucoup aussi sur la culture politique italienne, qui paraît proche de la nôtre mais qui peut être très différente ; c’est le cas du communisme à l’italienne, très différent du communisme français que nous avons connu dans les années soixante-dix et quatre-vingt. En Italie, les communistes étaient alors des intellectuels de haut niveau, engagés pour les travailleurs, mais restant toutefois entre eux :  la famille Airota en est un bon exemple. Ils n’accepteront jamais totalement Elena. Fille du peuple, c’est un peu une « nouvelle intellectuelle », elle ne peut rivaliser, puisqu’elle n’a pas hérité des codes intellectuels de cette classe supérieure d’une façon traditionnelle, c’est-à-dire par transmission directe.

Dans « L’enfant perdue », j’ai aussi beaucoup aimé la passion studieuse de Lila pour Naples, que j’ai vue comme un regret d’Elena pour ce qu’elle n’avait pas fait elle-même. Je me suis demandé longtemps, dans la dernière partie, comment Elena Ferrante allait mettre un terme à son récit. J’étais tellement prise dans l’histoire, habituée à vivre aux côtés des personnages, que j’aurais aimé qu’elle ne se termine jamais. Je me suis même demandée si Lila avait vraiment existé ou si elle n’était qu’une métaphore de ce que la vie d’Elena aurait pu être si elle n’avait pas étudié, si elle n’avait pas poursuivi ce destin intellectuel qui était le sien…

La saga d’Elena Ferrante est aussi une réflexion sur le livre et la littérature. Elena se penche sur ses propres écrits. Elle mesure la distance entre elle-même et le monde qui l’entoure et le doute l’assaille inévitablement : la littérature est-elle vraiment en mesure de raconter le monde ?

 

Coup de cœur pour toute la saga !

 

L’enfant perdue, Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien, Gallimard, Collection Du monde entier, Paris, janvier 2018, 560 p.

Storia della bambina perduta, Elena Ferrante, edizioni E/O, Roma, 2014, 452p.

 

Livre lu en VO dans le cadre du challenge Il viaggio chez Martine, du challenge Leggere in italiano.

Publicités

Les huit montagnes, Le otto montagne, Paolo Cognetti.

L’auteur

Paolo Cognetti est un écrivain italien né à Milan en 1978. Après des études de mathématiques, il fait une école de cinéma à Milan puis réalise des documentaires. Il écrit depuis l’âge de dix-huit ans et a publié des nouvelles, des essais, des guides de voyage personnels. « Le otto montagne/ Les huit montagnes » est son premier roman. Publié fin 2016, il obtient en Italie le prix Strega 2017, le prix Strega Giovani 2017 et, en France, le prix Médicis étranger.

 

Le roman

Pietro est né à Milan, mais la montagne a toujours fait partie de sa vie. De celle de ses parents tout d’abord qui, bien qu’originaires de la campagne vénitienne, effectuaient de nombreux séjours dans les Dolomites jusqu’à ce qu’un événement dramatique les pousse à quitter leur région et à chercher refuge à Milan.

Mais l’appel de la montagne, qui triomphe toujours chez celui qui en est amoureux, réapparaît après quelques années et la mère de Pietro se met rapidement à rechercher un endroit où la petite famille pourra passer ses étés. C’est sur Grana, hameau situé dans une vallée profonde perpendiculaire au Val d’Aoste, que la mère de Pietro jette son dévolu et qu’elle loue un petit chalet sans prétention. Elle y passe les deux mois d’été avec Pietro, et Giovanni, le père, les rejoint en août lors de ses congés annuels. Ce père taciturne, souvent en colère contre le monde, entreprend d’initier son fils à la montagne, et pendant plusieurs étés, Pietro le suit, sans jamais avouer que ces randonnées, qui deviennent bientôt des courses en haute montagne, lui pèsent parce qu’il souffre du mal des montagnes.

Pietro est comme son père, peu communicatif, mais il devient tout de suite ami avec Bruno, le seul enfant de Grana qui, à onze ans, garde les vaches de sa famille dans les alpages. Et c’est cet ami, plus que son père, qui lui fait découvrir les beautés simples de la montagne. Leur amitié se renforce d’année en année, jusqu’à ce que le jeune Bruno commence à travailler comme maçon, tandis que Pietro se fait de nouveaux amis parmi la jeunesse dorée qui vient de la ville pour pratiquer l’escalade dans la région. Mais ce n’en est pas fini pour autant de cette amitié. Elle va perdurer au long des années, entre Bruno, celui qui reste au pays, et Pietro, celui qui part découvrir de nouvelles montagnes au loin, mais finit toujours par revenir à Grana.

Le roman de Paolo Cognetti nous parle de l’amitié entre deux garçons et de la passion pour la montagne. Mais au-delà de ces deux thèmes principaux, il évoque les difficultés de communication entre un père et son fils et l’importance de la transmission des valeurs. Il pose également différentes questions : peut-on intervenir légitimement dans la vie des autres, même si on est convaincu de faire le bien ? Qu’est-ce qui nous y autorise ?

Pietro respecte le principe édicté par son père : la montagne ne se parcourt qu’en été. L’hiver, l’homme se retire devant la neige, pour laisser la nature se reposer. Le père de Pietro exècre le ski et les installations sportives qui ont défiguré la montagne et le jeune Pietro reprend cette idée à son compte. L’auteur quant à lui, dénonce les excès du tourisme sportif en montagne, comme on peut d’ailleurs le lire dans son blog (si vous lisez l’italien, c’est ici).

Vainqueur en juillet 2017 du plus prestigieux prix italien, le prix Strega, (après avoir reçu en juin le prix Strega des jeunes qui est l’équivalent de notre Goncourt des lycéens), et tout récemment du prix Médicis étranger 2017, « Les huit montagnes » a de nombreuses qualités, tout en étant un roman tout à fait abordable pour le grand public et pour les jeunes. L’écriture est sobre et fluide, tout en étant très évocatrice. Pour qualifier la forme et le fond, un seul qualificatif s’impose : l’authenticité ; celle des valeurs évoquées, celle des sentiments, purs et jamais forcés, celle de la simplicité. Un récit profond et tendre, parfois triste et nostalgique, proche de la nature comme on l’était il y a plusieurs décennies, naturellement et simplement, et non de manière artificielle comme on veut parfois l’être aujourd’hui !

Bref, « les huit montagnes », c’est le roman de l’amitié, de la liberté et de la nature : un grand bol d’air rafraîchissant dans ce monde de fous !

Les huit montagnes, Paolo Cognetti, Stock, collection La cosmopolite, août 2017, 299 p.

Le otto montagne, Paolo Cognetti, Einaudi, 2016, 208 p.

 

 

Enza Doria : quelques poèmes siciliens…

Pour terminer la semaine italienne, Martine a choisi de consacrer la journée d’aujourd’hui aux îles italiennes, Sicile et Sardaigne notamment.

Voici l’occasion pour moi de parler d’un recueil de poésies et d’aphorismes publié par Enza Doria, auteure sicilienne émigrée en Belgique où elle est chef dans un restaurant italien.

Née dans la province d’Agrigente, Enza Doria y a passé son enfance et sa jeunesse, avant de se marier à l’age de vingt ans et de suivre son mari en Allemagne où celui-ci avait ouvert un restaurant. La nostalgie les a amenés à rentrer en Sicile où ils ont tenu un hôtel pendant sept ans avant d’émigrer à nouveau, cette fois en Belgique, dans les environs de Liège.

Outre la cuisine, Enza Doria a une passion pour l’écriture; elle a d’abord publié un livre en sicilien, afin de laisser à ses enfants une trace de leurs racines : souvenirs de Sicile, histoire des grands-parents, recettes de cuisine, autant de témoignages du temps qui passe, dans un recueil intitulé « U tempu ca passa »  (Le temps qui passe).

Mais c’est plus particulièrement de son second livre, écrit cette fois en italien, que je veux vous parler ici : « Uno sguardo nella finestra » (un regard par la fenêtre).

 

Enza Doria y publie des poèmes qui évoquent sa terre natale, l’importance des valeurs, comme l’amour, le travail, l’espoir, mais aussi des émotions, la maternité par exemple. L’auteure souligne également le rôle de l’expérience dans la vie.  Elle sème enfin quelques réflexions sur la société.

Dans une langue simple et accessible à tous, Enza Doria va droit à l’essentiel, et c’est aussi pour cela que ses poèmes sont touchants. J’en ai retenus trois, parmi mes préférés :

 

Essenza di vita

Essenza di vita

tutto è finito dov’è cominciato,

tutto se n’è andato,

soltanto la scia del tuo passato è rimasta.

Come tutte le cose del passato

si ricordano con rimpianto,

solo l’essenza di vita è rimasta

per continuare il percorso del tuo vivere.

Come un granello sei germogliato,

come polvere sei sparito.

Solo è rimasta l’essenza di vita.

 

 

Parità

Donna che hai lotato

per la parità,

in cambio hai avuto

piu’ lavori e tanta responsabilità

non c’è piu’ galanteria,

nè tanta deferenza

l’uomo fa sempre l’uomo,

e la donna ha poca riverenza.

 

 

Neve al sole

Io mi domando,

e non son contenta,

come hanno fatto

a rovinare il mondo.

Tutto va in fretta,

e non si ha

tempo

per guardarsi intorno,

contano i soldi,

e non c’è quasi

rispetto

tutto è potere e quasi

niente amore,

tutto è

dovuto

subito e presto,

la vita è amore

il resto si scioglie

come

neve al sole.

 

Uno sguardo nella finestra, Enza Doria, Youcanprint, dicembre 2014, 92 p.

 

Semaine italienne chez Martine

 

La méthode du crocodile, Il metodo del coccodrillo, Maurizio de Giovanni.

L’auteur

Maurizio de Giovanni est un auteur napolitain né en 1958. Après une série de romans policiers mettant en scène le commissaire Ricciardi à Naples dans les années 30, l’auteur décide de se consacrer à une nouvelle série sur les enquêtes de l’inspecteur Lojacono pour laquelle il reçoit le prix Giorgio Scerbanenco en 2012.  Après « La Méthode du crocodile », ont été traduits en français « La Collectionneuse de boules à neige » et « Et l’obscurité fut ».

La série italienne comporte ensuite :

Gelo per i Bastardi di Pizzofalcone (2014)

Cuccioli per i bastardi di Pizzofalcone (2015)

Pane per i bastardi di Pizzofalcone (2016)

Vita quotidiana dei Bastardi di Pizzofalcone (2017)

La série vient d’être adaptée pour la télévision et la première saison a été diffusée sur la RAI en janvier 2017.

 

 

La méthode du crocodile, Maurizio de Giovanni

Premier d’une série qui remporte un grand succès en Italie, « La méthode du crocodile » se déroule à Naples, où l’inspecteur Giuseppe Lojacono vient d’être transféré depuis sa Sicile natale. Son nom ayant été cité par un mafieux lors d’une enquête, la hiérarchie de l’inspecteur doute de son intégrité et préfère l’envoyer au loin, précaution ou punition, la frontière est bien mince…

En tout cas, le mal est fait, notamment en ce qui concerne la vie privée de l’inspecteur, puisque sa femme lui a retiré sa confiance, en choisissant de céder aux désignations honteuses de ses connaissances, plutôt que de soutenir son mari dans cette épreuve. Et surtout en le privant de sa fille adolescente, Manuela, dont Lojacono souffre beaucoup d’être séparé.

L’inspecteur Lojacono s’ennuie donc ferme à Pizzofalcone, siège de la police judiciaire napolitaine où il se retrouve cantonné dans des tâches ingrates. Sa présence sur les lieux d’un crime, parce qu’il était de garde ce jour-là, et sa perspicacité envers quelques détails, lui valent d’être remarqué par Piras, la jeune magistrate en charge du dossier.

Il est vrai que le temps presse. Un jeune homme vient d’être tué alors qu’il rentrait chez lui, et bientôt, c’est le tour d’une fille de quatorze ans. Un troisième meurtre sera bientôt découvert et les journalistes commencent à douter de l’efficacité de la police. Un tueur en série est-il à l’œuvre à Naples ? D’autres jeunes en seront-ils victimes ? Les indices sont maigres : des mouchoirs en papier imbibés de larmes sont retrouvés sur les scènes de crime, le modus operandi est à peu près identique à chaque fois, mais l’on n’en sait guère plus.

Pourtant, nous suivons le tueur pas à pas puisque nous assistons à son arrivée à Naples, à ses préparatifs et aux meurtres eux-mêmes. Le mystère reste toutefois entier quant à son identité, jusqu’à la fin de ce roman aux courts chapitres qui se succèdent en multipliant habilement les points de vue.

Extrêmement bien construit, « la méthode du crocodile » nous égare parfois volontairement pour mieux nous tenir en haleine jusqu’au bout. Les personnages sont intéressants, l’inspecteur Lojacono lui-même, qui sort peu à peu de la torpeur dans laquelle sa sanction l’avait plongé pour reprendre goût à la vie, tout comme les deux principaux personnages féminins, Letizia et la juge Piras, dont on devine qu’elles joueront un rôle important dans la suite de la série.

Au total, un polar implacable, à l’écriture nerveuse et précise, soucieux de la psychologie des personnages, dont je vais très vite commander le second tome, publié en français sous le titre « La collectionneuse de boules de neige ».

Il metodo del cocodrillo, Maurizio de Giovanni, Einaudi, Stile libero Big, Torino, 2016, 293p.

La méthode du crocodile, Maurizio de Giovanni, traduit de l’italien par J-L Defromont, Editions 10/18, juin 2014, 312 p.

 

Livre lu en VO dans le cadre de la semaine italienne de Martine, du challenge Leggere in italiano et du challenge Polars et thrillers chez Sharon.

Il capitale umano / Les opportunistes, de Paolo Virzi.

Titre original : Il capitale umano (littéralement : Le capital humain).

Titre français : Les opportunistes

Sortie : 2014

Réalisateur : Paolo Virzi

Acteurs principaux : Valeria Bruni-Tedeschi (Carla), Fabrizio Bentivoglio (Dino), Fabrizio Gifuni (Giovanni), Valeria Golino (Roberta), Guglielmo Pinelli (Massimiliano), Matilde Gioli Serena).

Production : Italie, France.

Durée : 109 mn (1h49)

 

Sur une petite route de campagne en Lombardie, en plein hiver, un cycliste est renversé par une voiture qui prend la fuite. Le cycliste se retrouve à l’hôpital, entre la vie et la mort.

Après ce court prologue, le film s’ouvre sur le chapitre I intitulé « Dino ». Agent immobilier marié à Roberta, une psychologue, Dino conduit sa fille Serena chez un ami, Massimiliano, qui est le fils d’une famille fortunée des environs de Milan. Dino rencontre le père de Massimiliano et accepte de le dépanner au pied levé pour jouer une partie de tennis en double où il manque un des participants. Les deux hommes font connaissance et Dino, aveuglé par sa vanité, -il espère accéder à ce monde-, accepte rapidement de mettre de l’argent dans un placement financier risqué. Or, Dino a engagé tout ce qu’il possédait et le placement s’avère plus risqué que prévu. En plus, Dino et Roberta attendent des jumeaux…

Le chapitre II du film est consacré à Carla, la mère de Massimiliano, jouée par Valeria Bruni-Tedeschi. Carla s’ennuie et passe ses journées entre le shopping et la piscine de sa magnifique villa. Elle se passionne soudain pour un théâtre abandonné dont elle espère mener à bien la restauration. Carla rencontre le directeur artistique du théâtre, un professeur passionné (joué par Luigi Lo Cascio, le beau docteur de « La meglio gioventu ») dont elle tombe rapidement amoureuse. Amour ou désoeuvrement ? La liaison ne dure pas, mais elle permet à Carla de prendre conscience qu’elle ne compte pas pour son mari qui n’est intéressé que par ses affaires.

Chapitre III : Serena, la fille de Dino, se cherche. Elève dans un lycée huppé de Milan, elle participe aux fêtes de la jeunesse dorée, en tant que petite amie de Massimiliano. Un soir, elle rencontre Luca, un jeune délinquant suivi par une psychologue qui n’est autre que Roberta, la belle-mère de Serena. Ils vont devenir très proches…

L’originalité du film tient dans le fait que les trois chapitres reviennent sur les jours qui ont précédé l’accident, en les présentant à partir de trois points de vue différents : celui de Dino, de Carla et enfin de Serena. Les éléments du puzzle s’imbriquent peu à peu, apportant des précisions, et venant parfois remettre en cause la compréhension implicite que le spectateur avait des événements. Et ce n’est que dans le tout dernier chapitre, « Le capital humain », que l’on comprend exactement comment les faits se sont déroulés. Et que l’on saisit la signification du titre original que malheureusement, la version française, n’a pas conservé.

Une phrase de Carla résume parfaitement le propos du film : « vous avez parié sur la faillite de ce pays et vous avez gagné » : de finances, il en est question bien sûr, mais le film met surtout en évidence la faillite morale d’une génération, celle de parents qui ont tout fait pour assurer un avenir doré à leurs enfants qui, eux, ne savent que faire de cet avenir.

Un film poignant qui a obtenu différents prix en Italie et dans lequel j’ai particulièrement aimé les personnages féminins, Carla (Valérie Bruni-Tedeschi), Serena (la jeune Matilde Gioli) et Roberta (Valeria Golino).

 

 

 

La semaine italienne chez Martine

Pour patienter jusqu’en mai, moment tant attendu du mois italien sur les blogs, Martine nous a proposé cette année d’organiser une semaine italienne, dont vous trouverez le programme ci-dessous. Elle commence dès aujourd’hui et comprendra donc deux week-ends, puisqu’elle se terminera le dimanche 29 octobre. Une semaine assortie du beau logo que nous propose Martine:

 

Le programme de Martine :

– Samedi 21 octobre : Billet de présentation et/ou invitation à l’opéra. A nous, Verdi, Puccini, Rossini… Pour le plaisir de découvrir ou réécouter les plus belles voix italiennes !

– Dimanche 22 octobre : Une journée à Venise avec le commissaire Brunetti et sa dernière enquête proposée en lecture commune « Minuit sur le canal San Boldo » de Donna Leon.

– Lundi 23 octobre : A table ! En ce premier jour de vacances scolaires, une recette de cuisine italienne à partager pour se mettre en appétit !

– Mardi 24 octobre : Sur une proposition de Florence, une sortie cinéma, un film à visionner parmi cette sélection :  « Folles de joie » avec V. Bruni Tedeschi et Micaella Ramazzotti, « Les Opportunistes » aussi avec V. Bruni-Tedeschi, « The leisure seeker« , « La prima cosa bella » et encore « La grande bellezza » et « Youth » de Paolo Sorrentino, « The young pope« … ou tout autre film que vous avez envie de voir ou revoir.

– Mercredi 25 octobre : Pour la journée des enfants, un album de littérature jeunesse à présenter (ou une lecture libre)

– Jeudi 26 octobre : L’année 2017 étant (presque) terminée, un roman paru cette année (en VO en Italie) ou dans sa traduction française de notre côté des Alpes.

– Vendredi 27 octobre : Court, noir, avec ou sans sucre ! Une nouvelle (ou un recueil pour les plus motivés) policière, noire ou romancée, doucereusement sucrée !

– Samedi 28 octobre : En route pour un « week-end à Rome » : un roman ayant pour cadre Rome, ou dont l’auteur est romain, se déroulant sous l’Antiquité ou de nos jours, peu importe l’époque mais en lien avec la Ville éternelle.

– Dimanche 29 octobre : Pour finir ce court séjour d’octobre, une escale sur les îles, Sardaigne ou Sicile, l’une ou l’autre, ou les deux. Une lecture sarde ou sicilienne à partager !

 

Je participerai bien entendu à plusieurs de ces rendez-vous. Nous nous retrouvons dès demain pour la lecture commune consacrée à la toute dernière enquête du commissaire Brunetti, « Minuit sur le canal San Boldo » de Donna Leon (sur mon autre blog, Le livre d’après, pour ce 1er rendez-vous, puisqu’il ne s’agit pas de littérature italienne, Donna Leon étant américaine et écrivant en anglais).

 

 

Vi auguro una buonissima settimana italiana

A domani !

 

 

Ma PAL italienne de rentrée

Les vacances en Italie étant l’occasion de faire le plein de lectures en VO, je vous propose de découvrir le programme italien que je me suis fixé pour cette année. Il est assez ambitieux, et pour la première fois, les romans en italien sont plus nombreux que ceux traduits en français. Mais j’ai bon espoir d’y parvenir !

 

De Andrea De Carlo, que l’on a pu voir récemment dans les librairies francophones avec « La merveille imparfaite », voici deux romans en VO : « Due di due », l’amitié entre deux garçons qui sont au lycée en 1968 et choisiront deux voies très différentes. Et « Giro di vento », quatre amis milanais qui achètent ensemble une maison de campagne en Ombrie et qui découvriront une petite communauté qui vit en autarcie.

 

La suite des aventures du commissaire Bordelli en VO, avec « Morte a Firenze« , de Marco Vichi, qui se déroule au moment de la grande inondation de Florence en 1966. Il n’est pas encore traduit en français.

 

Une plongée dans le monde étrusque, aux côtés de Virgile, avec le très beau  » Un infinito numero » de Sebastiano Vassalli. Il existe en français sous le nom de « La source étrusque ».

 

Un polar qui se déroule à Naples : le premier tome de la série des enquêtes du commissaire Lojacono : « Il metodo del coccodrillo » paru en français sous le titre « La méthode du crocodile ».

 

Un polar très attendu des fans, le tome suivant des enquêtes de Rocco Schiavone, d’Antonio Manzini, « Pulvis e umbra » :

 

Le nouveau roman de Francesca Melandri, « Sangue giusto« , à paraître en octobre :

En français, « Le marchand qui voulait gouverner Florence«  d‘Alessandro Barbero : six portraits de personnages  du Moyen Âge, qui nous emmènent à Parme, Florence, Sienne, Orléans..

 

Quatre autres titres en VO :

« Ti prendo e ti porto via », de Niccolo Ammaniti, en français « Et je t’emmène ».

« Chi manda le onde » de Fabio Genovesi. En français « D’où viennent les vagues ? » 

Les deux autres ne semblent pas traduits en français.

 

La trilogie des « Beati Paoli », de Luigi Natoli, pour pouvoir participer à la lecture commune sur le troisième tome (l’intégrale en VO, en un seul volume : merci Mireille !).

 

Et pour terminer, un roman que j’ai lu cet été, mais dont je ne publierai la chronique que lorsqu’il sortira en français (à l’automne 2017, comme annoncé au début de l’année ? ) : « L’enfant perdue » d’Elena Ferrante.

 

Et vous, avez-vous lu certains de ces livres ? Etes-vous partants pour des lectures communes ?