Napoli mon amour, Alessio Forgione

Premier coup de cœur de l’année avec ce roman italien qui a connu un beau succès à sa sortie en 2018 de l’autre côté des Alpes : « Napoli mon amour » est le premier roman d’Alessio Forgione, jeune auteur qui, depuis, a publié un second roman qui était en lice pour le prix Strega 2020, l’équivalent de notre prix Goncourt.

Le protagoniste de « Napoli mon amour » est un jeune italien de trente ans qui vit toujours chez ses parents à Naples. Titulaire de deux diplômes universitaires, Amoresano recherche un travail depuis des années. Il vit désormais sur les économies qu’il a réalisées en étant marin pendant six ans. Il raconte son quotidien qui s’enlise, entre la recherche d’un emploi, les soirées dans les bars napolitains avec son ami Russo qui vit les mêmes difficultés que lui, et sa passion pour le foot et plus particulièrement pour l’équipe de Naples.

Un soir, plus désespéré que d’habitude, Amoresano décide d’en finir avec la vie et d’abord, de dépenser l’argent qu’il lui reste. Mais il rencontre une jeune fille très belle qui lui redonne espoir. Il se présente comme écrivain, ce qui n’est pas tout à fait faux puisqu’il a déjà écrit quelques nouvelles. Lola est plus jeune que lui et n’a donc pas les mêmes aspirations, elle en est encore à l’âge où tout est possible et où l’on découvre le monde. L’horizon d’Amoresano se dégage mais cela ne dure pas :  euro après euro, il compte les dépenses qui s’accumulent et qui bientôt le mèneront au point de rupture, quand il ne pourra même plus offrir un verre à Lola …

« Napoli mon amour » est un roman d’initiation qui décrit la réalité que doivent affronter beaucoup de jeunes Italiens. Le chômage des jeunes est un des thèmes principaux du roman, avec ses deux corollaires, l’obligation de vivre chez ses parents et l’expatriation des jeunes diplômés qui, comme le héros, cherchent tout simplement une place dans le monde. L’auteur sollicite notre empathie pour toute une génération qui souffre de ne pouvoir s’insérer dans la vie économique du pays, malgré son sérieux et sa préparation et qui oscille entre détermination et résignation.

Le roman d’Alessio Forgione est en grande partie autobiographique, l’auteur travaillait en effet dans un pub à Londres lorsqu’il l’a rédigé.  L’écriture est maitrisée : simple mais précise, fluide, parfois dynamique ou plus lente en fonction des fluctuations de l’humeur du personnage. Alessio Forgione ne verse jamais dans les stéréotypes et le Naples que vous découvrirez n’est ni enchanteur, ni haut en couleur mais ce n’est pas non plus le pire endroit sur terre, malgré la pluie qui arrose les journées sans but du héros. C’est une ville qui ressemble à toutes les villes européennes et les jeunes y ont les mêmes préoccupations et les mêmes loisirs qu’ailleurs. Et il y a quand même la bulle d’oxygène que représentent pour Amoresano et Russo les séances de plongée dans les eaux limpides de l’île de Procida. Le narrateur aime et déteste Naples, il ne peut la quitter, comme la protagoniste du film de Resnais, « Hiroshima mon amour ».

« Napoli mon amour » n’est pas que la dénonciation des difficultés de toute une génération. L’amour de la littérature se révèle en filigranes tout au long du roman, apparaissant ainsi comme une sorte de remède et d’espoir. « Napoli mon amour » fait partie de ces lectures qui résonnent en nous longtemps et qui sont la marque des auteurs talentueux. A découvrir.

Coup de cœur 2021 !

Napoli mon amour, Alessio Forgione, traduit de l’italien par Lise Caillat, Edition Denoël et d’ailleurs, janvier 2021, 269  p.

La vie devant soi / La vità davanti a sé, avec Sofia Loren !

Titre original et titre français : La vità davanti a sé / la vie devant soi

Sortie : 2020

Réalisateur : Edoardo Ponti.

Acteurs principaux : Sofia Loren, Ibrahima Gueye, Renato Carpentieri, Abril Zamora

Production : Italie

Durée :  94 mn.

Genre : Drame.

 

C’est en italien que j’ai regardé l’adaptation du roman de Romain Gary, « La vie devant soi. Un choix dicté par la langue de tournage du film et parce que Sofia Loren, doublée, c’était vraiment dommage. Mais vous pouvez également choisir la version française, puisque le film est disponible sur Netflix depuis le 13 novembre. Il devait sortir en salle au début du mois, mais la crise sanitaire en a décidé autrement.

« La vie devant soi » est sans doute le roman le plus connu de Romain Gary. Publié en 1975 sous le pseudonyme d’Emile Ajar, il a permis à son auteur de remporter pour la deuxième fois le Prix Goncourt -qu’il avait obtenu en 1956 pour « Les racines du ciel ». Et même si, selon moi, il ne vaut pas « La promesse de l’aube », « La vie devant soi » est un roman émouvant qui raconte l’amitié forte entre un petit musulman orphelin et Madame Rosa, rescapée d’Auschwitz et ancienne prostituée, qui prend soin de lui.

Le roman se déroule à Paris, mais le réalisateur, Edoardo Ponti, qui est l’un des fils de Sofia Loren, a choisi de situer le film en Italie, à Bari, ville cosmopolite aux quartiers populaires où la rencontre des deux protagonistes était tout à fait vraisemblable. Les personnages sont réduits à Madame Rosa, Momo – ici un jeune sénégalais musulman-, au docteur Katz, ainsi qu’à une amie de Madame Rosa jouée par l’actrice espagnole Abril Zamora.

Madame Rosa, qui survit en hébergeant des enfants en difficulté, est victime d’un vol à la tire sur le marché. Le docteur Katz lui ramène les deux candélabres volés, ainsi que l’auteur du délit, un jeune Sénégalais d’une douzaine d’années. Le docteur réussit à convaincre Madame Rosa d’accueillir l’enfant chez elle…

Si le film réussit à passer le message de tolérance que privilégiait le réalisateur, nous sommes très loin de la richesse du roman de Gary et de la complexité de ses personnages (et par exemple du mystère entourant l’enfant, dont la pension chez Madame Rosa était payée anonymement). Il s’agit donc pour moi davantage d’une transposition dans l’Italie actuelle, puisque seuls les grands éléments de la trame sont repris.

Mais s’il y a une excellente raison de voir ce film, c’est pour Sofia Loren qui a accepté de revenir au cinéma pour jouer sous la direction de son fils. A 86 ans, (84-85 lors du tournage), l’actrice reste, encore et toujours, remarquable de justesse. Un grand rôle pour elle et de beaux débuts au cinéma pour le jeune Ibrahima Gueye.

 

Aventures/ Gli amori difficili, Italo Calvino

L’auteur

 

Né en 1923 à Cuba et mort en 1985 à Sienne, Italo Calvino est l’un des plus grands écrivains italiens du vingtième siècle. Il a écrit de nombreux romans, des fables, des nouvelles, ainsi que des essais et des scénarios pour le cinéma. Rattaché au réalisme italien, il était également membre de l’Oulipo.

 

Les nouvelles

 

Publié en 1970 en Italie sous le titre « Gli amori difficili » (Les amours difficiles), et en France en 2002 sous le titre « Aventures », ce recueil de nouvelles regroupe treize textes écrits entre 1949 et 1967 : treize nouvelles qui parlent de couples qui « ne se rencontrent pas ». Rencontres avortées ou sans lendemain, courts moments où homme et femme se croisent, autant de situations dans lesquelles, davantage que la difficulté de s’aimer, c’est l’impossible communication entre les êtres que l’auteur souligne.

Tout l’art de Calvino, et c’est en partie ce qui fait les classiques, est de réussir à être universel. Il nous raconte de vraies histoires, souvent très visuelles -certaines de ces nouvelles ont d’ailleurs été adaptées au cinéma-, et nous invite à réfléchir en nous parlant d’amour sans en avoir l’air, qu’il s’agisse de « l’aventure d’une baigneuse », qui n’ose plus revenir à la plage parce qu’elle a perdu son maillot en nageant, de « l’aventure d’une épouse » qui a passé la nuit dehors parce qu’elle avait perdu ses clés et se demande si ce simple fait peut être considéré comme un adultère, de « l’aventure de deux époux », qui s’aiment mais ne peuvent se voir que quelques minutes chaque jour, ou de « l’aventure d’un voyageur » pour lequel l’attente et la sensation de l’amour sont plus importantes que l’amour lui-même.

On souffre avec les protagonistes, comme le myope qui se rend compte qu’il ne peut en même temps voir ses amis et être reconnu tel qu’il était auparavant. On s’émerveille avec ce poète qui s’émeut devant la beauté du monde, mais ne peut traduire en mots sa propre émotion et reste donc silencieux. Les héros sont plutôt des anti-héros, mais quelques-unes des protagonistes féminines sont solaires et illuminent des textes où l’auteur fait la part belle à la lumière. Quoi qu’il en soit, tous les personnages sont touchants, dans leur difficulté d’aimer et de communiquer et partant, de vivre.

Hommes et femmes ne se rencontrent pas parce qu’ils ne parlent pas le même langage, parce qu’ils ne parviennent pas à exprimer leurs sentiments et leurs désirs. C’est donc à un voyage dans l’incommunicabilité que nous convie Calvino, nous conduisant parfois dans des situations absurdes et inextricables.

« Aventures » est un recueil de nouvelles passionnant qui nous ramène à des questions fondamentales et universelles, au moyen d’une écriture recherchée et classique et d’un ton très souvent ironique. Il nous offre également un panorama de la société italienne d’après-guerre. Les italianistes apprécieront la variété de vocabulaire en lisant la version italienne « Gli amori difficili ». Les cinéphiles pourront déguster l’adaptation cinématographique très fidèle au texte de « l’aventure d’un soldat » et celle, beaucoup plus libre, de « l’aventure de deux époux » dont vous trouverez les liens ci-dessous.

Le recueil est complété par une seconde partie intitulée « La vie difficile » deux courts romans dont « La fourmi argentine » « Le nuage de smog » dont je vous parlerai bientôt.

 

Aventures, Italo Calvino, traduit de l’italien par Maurice Javion et Jean-Paul Manganaro, Seuil, 2002, 289 p.

Gli amori difficili, Italo Calvino, Mondadori, collana Oscar Moderni, 2017, 233 p.

 

Voici le court métrage inspiré de « L’aventure d’un soldat », avec Nino Manfredi:

https://www.youtube.com/watch?v=WciNih7vRkw

 

Et « Boccaccio 70 », film de 1962 en quatre parties dont la première, intitulée « Renzo e Luciana » (cf « I promessi sposi ») est dirigée par Mario Monicelli :

https://www.youtube.com/watch?v=fKwseb-bfbA

 

L’été du commissaire Ricciardi / Il posto di ognuno, l’estate del commissario Ricciardi, Maurizio de Giovanni.

L’auteur

 

Né en 1958 à Naples, Maurizio de Giovanni, d’abord banquier, est devenu l’auteur de nombreux romans policiers. Ses deux séries les plus connues se déroulent à Naples : celle du Commissaire Ricciardi au début des années trente, et celle du commissaire Lojacono, à l’époque actuelle.

 

Le roman

 

Le roman de Maurizio De Giovanni a plus que rempli sa mission : me transporter à Naples, loin de notre quotidien un peu angoissant. Pourtant, la situation n’est pas non plus des meilleures en ce début des années trente dans la grande ville parthénopéenne : la chaleur est étouffante, le peuple vaque difficilement à ses occupations pour pouvoir manger, le fascisme s’installe peu à peu.

Le commissaire Ricciardi voit toujours des « choses » : son don malheureux lui impose en effet de voir les morts assassinés ou décédés d’une mort violente, au moment de leur passage de vie à trépas. Et c’est le cas de la Duchesse de Camprino que l’on vient de retrouver dans son palais napolitain, la tête percée d’une balle silencieuse mais fatale. Personne n’a rien entendu, d’une part parce qu’un coussin maintenu contre le visage de la victime a atténué le bruit de la détonation, mais aussi parce qu’une grande fête populaire battait son plein dans le quartier.

L’enquête s’oriente aussitôt vers Capece, un journaliste connu qui était l’amant de la Duchesse : celle-ci vivait en effet de façon indépendante, sans se préoccuper de son époux, le vieux Duc de Camprino, malade et alité depuis longtemps. Ricciardi se met aussitôt au travail, aidé du brigadier Maione qui, fâché contre sa femme, entame un régime, se privant ainsi des plats délicieux de celle-ci.

Ricciardi a quant à lui la surprise de rencontrer la très belle Livia Lucani qui lui annonce qu’elle vient passer de longues vacances à Naples, dans le seul but de faire plus ample connaissance avec lui. Mais le commissaire reste attiré par la douce Enrica Colombo qu’il continue à contempler chaque soir par la fenêtre. Jusqu’à ce qu’il se rende compte que la famille Colombo reçoit un jeune homme qui se comporte comme un prétendant…

Tome après tome -il s’agit ici du troisième-, la série des enquêtes du commissaire Ricciardi est la certitude d’une lecture agréable et prenante et d’un voyage dépaysant à Naples dans une période historique troublée. Outre l’enquête en elle-même, les interrogations du commissaire Ricciardi sur sa vie sentimentale prennent ici de l’importance : il ira jusqu’à remettre en question la décision qu’il avait prise de ne pas imposer à une femme la malédiction dont il est l’objet. Il y a enfin l’aspect historique avec la montée du fascisme que l’on sent plus présent que dans les tomes précédents. La recette de Maurizio de Giovanni fait donc appel à de multiples ingrédients, une intrigue policière, des éléments historiques et sociaux, un peu de fantastique, de l’humour, des sentiments, le tout servi par un style fluide et une construction dynamique. Mes prochains achats, sans aucun doute, seront « L’automne du commissaire Ricciardi » et « L’hiver du commissaire Ricciardi ». C’est donc par une excellente lecture que je début le mois italien !

 

L’été du commissaire Ricciardi, Maurizio De Giovanni, traduit de l’italien par Odile Rousseau, Rivages/Noir, 2014, 405 p.   

 Il posto di ognuno, l’estate del commissario Ricciardi, Maurizio de Giovanni, Einaudi, 2013, 325 pp.

 

Turin

Ville au passé industriel, Turin a longtemps souffert d’une image peu attractive, mais c’était oublier la richesse artistique et culturelle de celle qui a été capitale des ducs de Savoie de 1563 à 1792, puis première capitale de l’Italie unifiée -avant Rome-, de 1861 à 1865.

Aujourd’hui, outre les musées très variés qu’elle propose, c’est aussi une ville pour les flâneurs : ses kilomètres d’arcades protègent le promeneur du soleil estival et des pluies de l’automne, ses larges places offrent des pauses bienvenues en terrasse,  ses façades aux riches ornements et ses magnifiques cours intérieures suscitent toutes les curiosités. Une vraie invitation à la promenade…

Le coeur du centre historique, avec le Palazzo Madama, sur la Piazza Castello

et le Palazzo Reale, qui abritent plusieurs musées.

 

Tiens, c’est une église, ça ?

Oui, San Lorenzo, avec son espace octogonal étonnant et splendide !

Partons vers le fleuve, par la Via Po, dont les arcades abritent libraires et bouquinistes.

 

Un peu plus loin, sur la gauche, la Mole, magnifique édifice emblématique de Turin, qui abrite le musée du cinéma.

Les terrasses de la piazza Vittorio Veneto ne sont pas encore dressées, allons jusqu’au Pô,

et suivons ses berges reposantes et ombragées,

jusqu’au Parc du Valentino

où les oiseaux et les écureuils s’en donnent à coeur joie.

Après cette pause relaxante, retour en ville. Le palazzo Carignano et sa façade un peu austère,

une très jolie galerie, qui n’a rien à envier à celles de Milan et de Naples, si ce n’est la taille.

 

 

Et puis, toutes sortes de façades

 

 

On s’arrête quelques instants à l’ombre ?

Une pause prolongée, c’est l’heure de l’Apericena.

Et la nuit tombe sur la Piazza San Carlo, sans doute le plus bel endroit de la ville, où le rêveur resterait des heures…

Magnifica, Maria Rosaria Valentini

L’auteur

 

Ecrivain et poétesse italienne, Maria Rosaria Valentini est née en 1963 dans la province de Frosinone, au sud de Rome. Elle a étudié la littérature et la civilisation allemandes, avant de s’installer en Suisse où elle vit actuellement. Elle a écrit plusieurs romans, dont le dernier, « Il tempo di Andrea » est sorti en Italie en 2018, ainsi que des nouvelles et de la poésie.

 

Magnifica

 

On connaît la qualité des publications des Editions Sellerio et celles-ci ne dérogent pas à leur habitude lorsqu’elles proposent ce très beau roman de Maria Rosaria Valentini, « Magnifica », qui est paru en français chez « J’ai lu » avec une couverture certes jolie (voir ci-dessous), mais qui donne une impression un peu faussée de ce roman.

Ada Maria vit dans un village de l’Apennin entre une mère taciturne et fatiguée, Eufrasia, qui est méprisée par un mari volage, Aniceto, et Pietrino, un petit frère fragile qui n’aime pas l’école. Quand Eufrasia meurt, le frère et la soeur se rapprochent à la faveur d’un amour commun pour leur mère, tandis que leur père en profite pour s’installer chez Teresina, sa maîtresse.

D’une nature solitaire et rêveuse, Pietrino devient fossoyeur communal. Il entretient le cimetière, s’intéresse à l’histoire de ceux qui y demeurent, il jardine, il chérit certaines tombes oubliées … Ada Maria rêve de quitter le village mais ne veut pas abandonner son frère. Proche de la nature, forte malgré sa petite taille, Ada Maria effectue des travaux dans les champs, pour l’un ou l’autre voisin, et aime se promener dans la montagne et la forêt.

Au cours de l’une de ses promenades, elle aperçoit un homme qui ressemble à un vagabond. Elle se rend compte en revenant sur les lieux qu’il s’agit d’un Allemand qui vit caché dans une grotte depuis la fin de la guerre. Rejetant ses préjugés et sa peur, Ada Maria l’apprivoise peu à peu en lui apportant de la nourriture et des vêtements ; une histoire d’amour naît entre eux et Ada Maria se retrouve enceinte…

« Magnifica » nous raconte l’histoire de trois générations de femmes au destin très différent. Le roman explore les différentes facettes de l’amour maternel, qu’il s’agisse de l’amour tacite mais bien présent d’Eufrasia pour ses enfants, de celui d’Ada Maria pour la belle « Magnifica », véritable enfant de l’amour, ou de l’amour par procuration qu’éprouve Teresina pour le fils et la fille de son ancien amant.

L’écriture délicate et poétique et la place importante que l’auteure confère à la nature dans le roman lui donnent une certaine intemporalité. De même, le peu de références géographiques confèrent une universalité à l’intrigue. Un très beau roman romantique, mais jamais mièvre, mélancolique et pourtant plein d’espérance, que je vous conseille de déguster tranquillement, en appréciant la douceur des mots.

 

Magnifica, Maria Rosaria Valentini, Sellerio editore, Palermo, 2016, 274 pp.

Magnifica, Maria Rosaria Valentini, traduit de l’italien par Lise Caillat, Editions J’ai lu n°12767, septembre 2019, 347 p.

L’amica geniale, saison 2, sur la RAI 1 le 10 février !

La deuxième saison de la série tirée de la saga d’Elena Ferrante sera diffusée sur la Rai 1 dès ce lundi 10 février à 21h25. Comme cela avait déjà été le cas avant la diffusion de la saison 1, les deux premiers épisodes sont sortis en avant-première sur les grands écrans italiens les 27, 28 et 29 janvier derniers.

Les huit épisodes de la deuxième saison, qui correspond exactement au tome 2 de la saga « Storia del nuovo cognome », seront diffusés deux par deux, durant quatre lundis, les 10, 17, 24 février et 2 mars.  Nous retrouverons les deux actrices Margherita Mazzucco et Giaia Girace qui jouaient respectivement Elena et Raffaella à la fin de la première saison. Le metteur en scène reste Saverio Costanzo, sauf pour les épisodes 4 et 5 qui ont été dirigés par Alice Roschwacher (dont la soeur, l’actrice Alba Roschwacher, interprète la voix off).

Nous vivrons ainsi les débuts du mariage de Lila avec Stefano Carracci (Giovanni Amura) et l’arrivée de Lena à l’école normale de Pise. Les vacances à Ischia seront également un temps fort de cette deuxième saison.

Le premier épisode débute avec le voyage de noces de Lila à Amalfi et les soucis de Lena qui commence le « liceo classico » et sort avec Antonio. Lena va également rencontrer Nino Sarratore, personnage central dans le second tome du roman d’Elena Ferrante, joué ici par Francesco Serpico. Le « rione » ne sera plus le seul décor des aventures de Lila et Lena, mais la série s’ouvrira sur Naples, Ischia et Pise. Enfin, nous découvrirons l’Italie des années soixante et la politique fera son entrée, sous la thématique des luttes entre classes sociales et de l’importance de la culture pour accéder à un milieu privilégié.

Si vous n’avez pas accès à la RAI, il faudra être patient. La première saison a été diffusée en France par Canal +, et il semble qu’elle sera également bientôt retransmise sur France TV qui annonce sur son site en avoir acquis les droits récemment. Les dates de diffusion de la saison 2 ne sont pas encore connues (peut-être en mars sur Canal +, en même temps que sur HBO aux Etats-Unis)…

Découvrez quelques photos, ainsi qu’un extrait video ici.

Et la BO officielle :

 

Chroniques du hasard / L’invenzione occasionale, Elena Ferrante

 

Quand le journal britannique The Guardian a proposé à Elena Ferrante de tenir une chronique hebdomadaire dans ses pages, l’auteure italienne a d’abord été effrayée : peur de ne pas tenir le rythme, de ne pas réussir à écrire par obligation, de regretter l’enfermement de cet exercice. Puis, « la curiosité l’a emporté ».

Un an et cinquante-et-une chroniques plus tard, Elena Ferrante, admet que l’exercice lui a été « bénéfique », même si elle avoue ne plus jamais vouloir renouveler « une telle expérience » pendant laquelle elle n’est jamais parvenue à « se libérer de certaines craintes », vis-à-vis du lecteur notamment.

Quoi qu’il en soit, le petit recueil publié en mai 2019 en Italie, et en septembre de la même année chez Gallimard, est très intéressant, principalement pour les lecteurs d’Elena Ferrante qui, comme moi, sont intrigués par le personnage, et par la distance qui existe entre certains de ses livres (la saga de « L’amie prodigieuse » et le tout dernier roman non encore traduit en français « La vita bugiarda degli adulti ») et ses romans plus anciens (« L’amour harcelant » ou « Poupée volée » par exemple).

A travers ces articles, Elena Ferrante donne une certaine image d’elle-même, préoccupée par ses lecteurs, mais aussi beaucoup par la marche du monde et la condition humaine, celle des femmes notamment, ayant peu confiance en elle, doutant de son écriture. Si le journal The Guardian a fixé chaque semaine le thème de sa chronique, tel un devoir à rendre, Elena Ferrante s’est efforcée d’y répondre du mieux possible, dans l’urgence, en partant toujours de son rôle d’auteure de romans.

Le tout donne donc un éclairage intéressant qui vient compléter « Frantumaglia », recueil de lettres, d’entretiens et de correspondances qui explore les thèmes chers à Elena Ferrante.

 

Chroniques du hasard, Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien, illustrations de Andrea Ucini, Gallimard, Paris, septembre 2019, 175 p.

L’invenzione occasionale, Elena Ferrante, illustrazioni di Andrea Ucini, Edizioni E/O, maggio 2019, pp. 128.

 

Le traître/ Il traditore, de Marco Bellocchio

 

Titre original et titre français : Il traditore / Le traître

Sortie : 2019

Réalisateur : Marco Bellocchio.

Acteurs principaux : Pierfrancesco Favino, Maria Frenanda Candido, Luigi Lo Cascio, Fabrizio Ferracane.

Production : Italie, France, Allemagne, Brésil.

Durée : 145 mn.

Genre : Drame, biopic.

Au début des années 1980, la guerre fait rage entre différentes familles de la mafia sicilienne. Depuis un moment, la mafia s’est en effet lancée dans le trafic de drogue et elle n’hésite plus à tuer des innocents, femmes et enfants y compris, en procédant à de nombreux règlements de compte. Pour y échapper et protéger sa famille, Tommaso Buscetta, chef mafieux, est alors obligé de s’exiler au Brésil.

Finalement arrêté et extradé vers l’Italie, Buscetta accepte de rencontrer le juge Falcone. Personne n’imaginait qu’il collaborerait un jour avec la justice italienne et c’est pourtant ce qu’il a fait, en livrant de nombreux noms, ce qui a abouti au maxi-procès de Palerme qui permettra de condamner plus de 350 mafieux en 1986.

Tout au long de ses entretiens avec le juge Falcone, Tommaso Buscetta n’a pas cessé de se considérer comme un homme d’honneur. Pour lui, la famille est toujours restée sacrée ; ce sont les autres qui ont trahi l’idéal de Cosa Nostra.

Cet énième film sur la mafia, bien éloigné des clichés de l’époque du « Parrain », est un grand film qui se déploie sur plusieurs registres ; tour à tour film d’action et documentaire, il alterne séquences violentes et autres plus émouvantes, voire intimistes. Les scènes consacrées au procès sont particulièrement intéressantes, et nous offrent une véritable « commedia dell’arte » de la mauvaise foi, jouée par des mafieux plus préoccupés de la traitrise au code d’honneur de Buscetta que de leurs crimes. Marco Bellochio réussit le tour de force de nous présenter les faits, ceux d’un assassin et ceux d’un bon père, nous permettant d’éprouver de l’empathie pour Tommaso Buscetta, mais pas pour autant de la sympathie !

 

Dévorer le ciel/Divorare il cielo, Paolo Giordano

L’auteur

 

Paolo Giordano est né à Turin en 1892. Docteur en physique théorique, il a publié son premier roman à l’âge de vingt-six ans et remporte un grand succès. « La solitude des nombres premiers/La solitudine dei numeri primi » a d’ailleurs obtenu le Prix Strega, faisant de Paolo Giordano le plus jeune lauréat de ce prix. « Dévorer le ciel/Divorare il cielo » est son quatrième roman. Il a paru en Italie en 2018.

 

Dévorer le ciel/Divorare il cielo

 

 

Voici un roman que j’hésite à qualifier de coup de cœur, car je l’ai beaucoup aimé et j’ai eu du mal à le lâcher, mais il m’a aussi un peu dérangée, sans que je puisse vraiment définir pour quelle raison ; peut-être parce qu’il est un peu trop dans l’air du temps. Cependant, il est de ceux qui résonnent longtemps parce qu’ils amènent une réflexion et parce qu’ils bonifient avec le temps dans la mémoire.

De Turin où elle vit avec sa famille, Teresa descend chaque été dans les Pouilles, région dont son père est originaire et où elle retrouve sa grand-mère. Elle y fait la connaissance de trois jeunes qui vivent dans la ferme voisine. C’est une famille un peu différente des autres, qui accueille des enfants en difficulté : elle est composée de trois garçons, des « frères » qui n’en sont pas vraiment, Nicola, Tommaso et Bern. Ils ne sont pas allés à l’école mais ont suivi l’enseignement dispensé par Cesare, le père, très croyant. Ce dernier utilise d’ailleurs la religion pour dominer ses « enfants » -seul Nicola est le fils de Cesare et Floriana-, mais il leur inculque aussi des principes qui les guideront dans leur vie d’adulte.

Dès le début, Teresa est captivée par Bern, et quelques années plus tard, lors d’un voyage improvisé dans les Pouilles à l’occasion du décès de sa grand-mère, elle décide de quitter Turin pour s’installer dans la petite communauté qui vit désormais dans la ferme d’à-côté : Nicola, Tommaso et Bern, aidés par Giuliana et Corinne. Ces jeunes exploitent désormais les fruits de la terre. La décision de Teresa, prise au grand dam de ses parents, va l’entraîner sur des chemins très différents de ceux que sa vie d’étudiante laissait présager.

« Dévorer le ciel » est un roman d’apprentissage sur fond de préoccupations écologiques. Très tendance donc, même si la veine n’est pas nouvelle. Le roman m’a en effet rappelé « Deux sur deux », un roman italien également, écrit par Andrea De Carlo en 1989, mais publié en 2018 en français et dans lequel les protagonistes mettent sur pied une petite communauté en Toscane (bien que cela ne constitue pas l’essentiel du roman de De Carlo).

Dans « Dévorer le ciel », de jeunes adultes recherchent aussi un sens à donner à leur vie. Ils refusent les excès du matérialisme ambiant et veulent limiter leur impact sur la nature.  Ils développent donc une petite activité agricole, à partir du potager biologique, le « Food forest », que Cesare avait créé. Ils vivent du fruit de la vente de leurs produits, parfois difficilement. Leur combat prend de temps à autre des formes plus actives, voire extrémistes. L’idéalisme des jeunes se heurte toutefois à la réalité, celle de l’amitié, de l’amour, du temps qui passe et des pressions de la société.

C’est donc une histoire romantique, au sens noble, et idéaliste que l’auteur nous offre. « Dévorer le ciel » est surtout une interrogation sur l’avenir : le roman nous montre le désarroi de jeunes qui peinent à trouver leur place dans le monde. Teresa est une belle héroïne, amoureuse désintéressée, courageuse, fidèle à ses convictions. Bern est quant à lui beaucoup plus complexe, intelligent, fidèle lui aussi à ses idées, jusqu’à l’obstination, ce qui le rend parfois égoïste. Avec Nicola et Tommaso, ils forment un trio intéressant qui malheureusement n’est exploité qu’au début du roman. Tommaso est quant à lui en retrait, mais toujours présent au fil des années, lui dont la sensibilité offre à Teresa un autre éclairage sur Bern.

Quelques longueurs au début, quelques digressions qui ont sans doute pour but de présenter la complexité des personnages, de Bern notamment, en nous éclairant sur certains des choix qu’il fera plus tard, puis le roman nous emporte avec lui dans son flot, avec la puissance d’un fleuve, une tension qui monte, la force d’une écriture pourtant douce et un brin nostalgique, qui nous montre que tout est possible et qu’en même temps, rien ne sera plus jamais pareil. L’histoire de la vie, en somme, qui construit et détruit en même temps…

 

Dévorer le ciel, Paolo Giordano, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Editions du Seuil, Paris, août 2019, 454 p.

Divorare il cielo, Paolo Giordano, Einaudi, 2018, 440 p.