Ma PAL italienne de rentrée

Les vacances en Italie étant l’occasion de faire le plein de lectures en VO, je vous propose de découvrir le programme italien que je me suis fixé pour cette année. Il est assez ambitieux, et pour la première fois, les romans en italien sont plus nombreux que ceux traduits en français. Mais j’ai bon espoir d’y parvenir !

 

De Andrea De Carlo, que l’on a pu voir récemment dans les librairies francophones avec « La merveille imparfaite », voici deux romans en VO : « Due di due », l’amitié entre deux garçons qui sont au lycée en 1968 et choisiront deux voies très différentes. Et « Giro di vento », quatre amis milanais qui achètent ensemble une maison de campagne en Ombrie et qui découvriront une petite communauté qui vit en autarcie.

 

La suite des aventures du commissaire Bordelli en VO, avec « Morte a Firenze« , de Marco Vichi, qui se déroule au moment de la grande inondation de Florence en 1966. Il n’est pas encore traduit en français.

 

Une plongée dans le monde étrusque, aux côtés de Virgile, avec le très beau  » Un infinito numero » de Sebastiano Vassalli. Il existe en français sous le nom de « La source étrusque ».

 

Un polar qui se déroule à Naples : le premier tome de la série des enquêtes du commissaire Lojacono : « Il metodo del coccodrillo » paru en français sous le titre « La méthode du crocodile ».

 

Un polar très attendu des fans, le tome suivant des enquêtes de Rocco Schiavone, d’Antonio Manzini, « Pulvis e umbra » :

 

Le nouveau roman de Francesca Melandri, « Sangue giusto« , à paraître en octobre :

En français, « Le marchand qui voulait gouverner Florence«  d‘Alessandro Barbero : six portraits de personnages  du Moyen Âge, qui nous emmènent à Parme, Florence, Sienne, Orléans..

 

Quatre autres titres en VO :

« Ti prendo e ti porto via », de Niccolo Ammaniti, en français « Et je t’emmène ».

« Chi manda le onde » de Fabio Genovesi. En français « D’où viennent les vagues ? » 

Les deux autres ne semblent pas traduits en français.

 

La trilogie des « Beati Paoli », de Luigi Natoli, pour pouvoir participer à la lecture commune sur le troisième tome (l’intégrale en VO, en un seul volume : merci Mireille !).

 

Et pour terminer, un roman que j’ai lu cet été, mais dont je ne publierai la chronique que lorsqu’il sortira en français (à l’automne 2017, comme annoncé au début de l’année ? ) : « L’enfant perdue » d’Elena Ferrante.

 

Et vous, avez-vous lu certains de ces livres ? Etes-vous partants pour des lectures communes ?

 

 

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Le gang des rêves, Luca di Fulvio

L’auteur

 

Luca di Fulvio est né en 1957 à Rome où il vit et travaille actuellement. Diplômé d’art dramatique, il est d’abord comédien, avant de se lancer dans l’écriture à la fin des années quatre-vingt-dix. « La gang dei sogni » (2008) et « La ragazza che toccava il cielo » (2013) sont aujourd’hui traduits en français et publiés par les éditions Slatkine et Cie sous les titres « Le gang des rêves » et « Les enfants de Venise ». « Le gang des rêves » est disponible depuis peu en Pocket.

 

Le gang des rêves

 

 

C’est pour la préserver des griffes du patron et s’assurer qu’elle ne portera jamais, comme elle, « son bâtard dans le ventre », qu’une paysanne calabraise choisit d’estropier Cetta, sa fille de douze ans. Mais Cetta n’échappe pas à son destin et met au monde, à l’âge de quatorze ans, un petit Natale qu’elle décide d’emmener en Amérique pour qu’il ne subisse pas l’esclavage qui est le lot des paysans du sud de la péninsule.

Quand la jeune mère et son bébé débarquent à Ellis Island, le prénom de l’enfant est traduit et Natale est enregistré sous le nom de Christmas Luminità. Quant à Cetta, sa beauté lui vaut d’être placée comme prostituée dans une maison close, sous la protection de Sal, un homme dur et taciturne. Le caractère déterminé de Cetta lui permet de garder Christmas auprès d’elle, ce qui est normalement impossible pour une prostituée. Débute alors pour Cetta et son fils une vie difficile, dans les bas-fonds de New York.

 

 

Quelques années plus tard, Christmas, qui est sur le point de basculer dans la délinquance, trouve dans la rue une jeune fille ensanglantée qui semble avoir été battue et violée. Après l’avoir portée jusque chez lui, il la dépose devant l’hôpital sur les conseils de sa mère qui en profite pour lui asséner avec autorité qu’il ne devra jamais lever la main sur une femme. Elle ajoute que, dans le cas contraire, elle n’hésiterait pas à le tuer elle-même. Malheureusement, Christmas, que l’on a vu déposer la jeune fille, est arrêté.

Commence alors une aventure à travers la métropole internationale qu’est déjà New York dans les années vingt, celle des bandes rivales, qui marquent les différences entre les communautés italiennes, irlandaises et juives.  Heureusement, Christmas, fort des enseignements de sa mère, parvient toujours à préserver sa pureté. Avec lui, le lecteur traverse l’Amérique, du Lower East Side et des débuts de la radio, jusqu’aux studios d’Hollywood, à travers de que les hommes ont produit de mieux, mais aussi de plus vil : un roman dur, violent, parfois tendre, où les justes se reconnaissent entre eux et où l’amour et l’intégrité triomphent finalement.

On retrouve dans « Le gang des rêves », tous les ingrédients des « Enfants de Venise ». Pour être tout à fait juste, il faut préciser que « Le Gang des rêves » a été publié avant « Les enfants de Venise » dont il constitue le premier tome d’une trilogie dans laquelle chaque volume se lit séparément. Les thèmes sont les mêmes, avec au centre, une histoire d’amour entre deux héros d’origines et de religions différentes. « Le gang des rêves » est un pavé qui se lit d’une traite, tant est grand le talent de conteur, et l’écriture cinématographique,  de Luca di Fulvio !

Le gang des rêves, Luca di Fulvio, traduit de l’italien par Elsa Damien, éditions Slatkine et Cie, décembre 2016, 716 p. Sorti en Pocket en mai 2017, 864 p.

La gang dei sogni, Luca di Fulvio, Mondadori, collezione Best sellers, 2014, 574 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Il viaggio chez Martine.

Je remercie les Editions Slatkine et Compagnie de m’avoir fait découvrir ce roman.

 

La légende des montagnes qui naviguent, Paolo Rumiz.

L’auteur

 

Né en 1947 à Trieste, Paolo Rumiz est journaliste et écrivain. Il a travaillé pour Il piccolo, quotidien de Trieste et pour La Reppublica.  Grand reporter, il a notamment couvert les conflits nés de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. Il a beaucoup voyagé et écrit de nombreux récits de voyage.  Il a également remporté de nombreux prix pour ses reportages.

 

La légende des montagnes qui naviguent

 

Les Alpes et leur petite sœur moins connue mais tout aussi remarquable, les Apennins, forment une double « épine dorsale » en forme de « S » dont l’Europe a beaucoup à apprendre. Paolo Rumiz, journaliste et écrivain-voyageur italien, les a parcourues en tous sens, sur plus de huit mille kilomètres et en a tiré un récit qui nous emmène hors des chemins touristiques, vers ce que les hommes et les vallées ont de plus authentique :

« Je vais tenter de vous faire savoir ce qui se passe à l’intérieur de l’arche, de la montagne authentique, celle qui reste toujours loin des projecteurs, de ce rideau battu par les tempêtes auquel se cramponne un équipage de petits grands héros de la Résistance aux agressions de la mondialisation. Un voyage à travers six nations dans la partie alpine et d’une intimité toute italienne dans celle qui a trait aux Apennins ».

Dans une première partie consacrée aux Alpes, l’auteur, parti de la côte adriatique en Croatie, se promène en Italie à pied ou le plus souvent, à vélo, et mène quelques incursions en Autriche, en Suisse et en France. Il rencontre de nombreux personnages, dont certains sont des figures connues, comme l’alpiniste-écrivain italien Mauro Corona, l’écrivain Mario Rigori Stern, ou le célèbre alpiniste Walter Bonatti, aujourd’hui décédé, tandis que d’autres tiennent à leur anonymat ; tous ont en commun un combat acharné pour la préservation de la nature.

Tout au long de son périple, Paolo Rumiz regrette que les italiens ne regardent plus la nature, et pire, ne la voient même plus. Dans l’avion survolant les Alpes, l’auteur est stupéfié par la beauté de l’Europe qu’il découvre au-dessous de lui. Mais il constate que la majorité de ses compatriotes ne s’émerveillent pas devant un paysage : « Ils n’ont aucune idée de ce que sont ce lac de lumière et ces montagnes. Le peuple des restoroutes et des téléphones portables n’est pas proche du territoire ».

Constat amer, qui en augure d’autres. Paolo Rumiz évoque l’imminence d’une « grande peur climatique » et regrette que les mots ne suffisent pas à alerter les populations. Les montagnards, eux, le savent bien, qui dénoncent le gaspillage actuel et la fuite en avant qui ne peut plus durer. L’industrie du ski représente un désastre écologique, les canons à neige se multiplient tandis que l’eau vient à manquer; les glaciers disparaissent à vue d’œil et l’homme n’en tient pas compte.

Certains font pourtant preuve de davantage de bon sens que d’autres : ainsi, en Suisse, il est interdit de construire des installations mécaniques en dessous de 1800 mètres, puisqu’on sait que la neige permettant leur exploitation sera insuffisante. Dans le Val Bavona, situé dans le Tessin, des hommes ont renoncé à l’électricité gratuite qui leur était offerte : « L’endroit le plus sombre des Alpes » résiste depuis longtemps aux sirènes de la modernité, préservant ainsi son territoire et son authenticité. Mais même la Suisse, bonne élève, a des reproches à se faire…

Après quelques jours en France sur la route des Grandes Alpes, Paolo Rumiz se rend à Nice où il est victime d’un vol à la tire qui le conduit à rentrer dans le « Bel paese, le beau pays « ch’Appennin parte, e’l mar circonda e l’Alpe », selon Pétrarque, « le pays que divisent les Apennins et qu’entourent la mer et les Alpes ».

C’est un reportage effectué pour le journal italien La Reppublica qui a donné l’idée à l’auteur de parcourir les Apennins. Il avait en effet décrit le « travail de Cyclope » des héros du quotidien qui creusaient un tunnel ferroviaire entre Bologne et Florence pour permettre le passage d’un train à grande vitesse. Ce reportage avait fait l’objet de réactions de lecteurs dénonçant les nombreux dégâts pour l’environnement dus au percement de tunnels partout en Italie et en particulier dans les Apennins.

Pour ce second voyage, Paolo Rumiz déniche une authentique petite Topolino, datant de 1954. Une voiture dont la lenteur et l’identité qu’elle véhicule, sont parfaites pour favoriser les rencontres. Nous découvrons alors les Apennins « déserts et inconnus », chaîne de montagne qui constitue « un labyrinthe aussi fascinant qu’infini ». Paolo Rumiz et Nerina (la Topolino) nous emmènent alors de la Ligurie jusqu’au Capo Sud, point le plus méridional de Calabre, pour un voyage inédit.

La Topolino de Roberto Righi qui a accompagné Paolo Rumiz dans son périple, (Il corriere di Bologna).

 

Dans le centre de L’Italie, l’auteur traverse des villages déserts, où survivent des personnes âgées laissées aux bons soins des « badanti », ces auxiliaires de vies venues des pays de l’Est, sans lesquelles le troisième âge italien serait entièrement livré à lui-même. Il nous décrit des régions éloignées du tourisme, la Maiella, le Molise, nous livrant toutes sortes d’anecdotes glanées au gré de ses rencontres. Il est question des Phéniciens, des Etrusques, des Samnites et de tant d’autres peuples encore, de religion, de superstition, jusqu’à l’arrivée au Sud, dans une chaleur torride et une atmosphère de fin du monde : plus d’eau, des habitants qui fuient et quelques témoins d’une époque passée, des résistants encore et toujours, comme ce guide « descendu du ciel » qui voit le massif de l’Aspromonte comme « une ressource fabuleuse pour les jeunes de bonne volonté ». Et qui invite Paolo Rumiz à revenir : « Vous verrez des merveilles. Des fleuves de lumière, des villages abandonnés, des maquis impénétrables, des cascades. Et un beau peuple, trop seul ».

Publié en 2007 en Italie, « La légende des montagnes qui naviguent » raconte deux voyages effectués en 2003 et 2006. Il vient seulement d’être traduit en français. Le récit de Paolo Rumiz est d’un grand intérêt pour toute personne qui s’intéresse à la montagne, à la nature, à l’écologie. On apprend énormément en lisant ce récit qui se déguste par petites touches, au rythme de chapitres à lire indépendamment les uns des autres : une mine d’informations géographiques, historiques, toponymiques… et humaines. Et de grandes leçons à retenir, avec des catastrophes oubliées comme la tragédie du Vajont …

Grande richesse, la capacité d’émerveillement de Paolo Rumiz est intacte et son récit nous enseigne que le dépaysement est à notre portée, chez nous, si l’on veut ouvrir les yeux. Loin du tourisme de masse, tant de belles régions s’offrent à nous : il ne nous reste plus qu’à les découvrir et surtout, à les protéger.

 

La légende des montagnes qui naviguent, Paolo Rumiz, traduit de l’italien par Béatrice Vierne, Arthaud, Paris, septembre 2017, 462 p.

 

Un grand merci à Babelio et aux éditions Arthaud pour cette lecture en avant-première.

 

Le fleuve des brumes, Valerio Varesi.

L’auteur

 

Valerio Varesi est né à Turin en 1959. Après des études de philosophie à l’université de Bologne, il devient journaliste à La Repubblica. En 1998, il publie le premier tome d’une série dédiée aux enquêtes du commissaire Soneri, « Ultime notizie di una fuga ». Le quatrième tome, paru en 2003, « Il fiume delle nebbie » est le premier de la série à être traduit en français par les éditions Agullo, sous le titre « Le fleuve des brumes ». Il vient de sortir en format de poche au cercle Points. Les éditions Agullo viennent de publier une autre enquête du commissaire Soneri sous le titre « La pension de la via Saffi ».

 

Le fleuve des brumes

 

 

Les italiens sont à l’origine du «Slow food». Un mouvement devenu international dont les déclinaisons constituent aujourd’hui la «slow life», -il existe même le «slow blogging»- qui consiste à refaire… ce que l’on faisait avant, c’est-à-dire prendre son temps et approfondir ! Le roman de Valerio Valeri, publié en français en 2016 par les éditions Agullo, mais paru en Italie en 2003, serait-il un précurseur aussi dans le domaine du roman policier ?  Un « slow giallo[1] » ou « slow polar » en quelque sorte ?

En tout cas, le commissaire Soneri prend son temps. Son enquête se déroule pianissimo, comme les eaux du Pô qui s’écoulent lentement dans la basse-plaine, des environs de Parme jusqu’à la mer Adriatique.  Mais Soneri n’a pas le choix. Les villages traversés vivent au rythme du fleuve, il faut attendre, toujours attendre : le passage des péniches, la montée des eaux, la fin des pluies, la décrue, puis l’arrivée du gel qui assèchera les peupleraies inondées ; attendre que les hommes se décident à parler, même un peu… pour faire avancer l’enquête.

Comme le reste du roman, l’intrigue démarre doucement. La pluie tombe depuis des jours. Rien d’anormal, un vrai temps de Toussaint. Les eaux du Pô montent rapidement et le trafic est à l’arrêt. L’ordre d’évacuation sera peut-être donné par le préfet. Il faut attendre, encore. Fatalistes, les hommes sont assis dans le cercle nautique et jouent aux cartes. Ils voient passer la péniche de Tonna, un vieux batelier qui connait le fleuve comme sa poche.

Etonnant tout de même de partir par ce temps… D’autant que dans les conversations focalisées sur la météo et la crue, certains disent avoir vu la péniche de Tonna, mais il n’y avait personne dans la cabine, au gouvernail. Le mystère s’épaissit d’heure en heure, tandis que la pluie continue de grossir les eaux du fleuve. Le brouillard s’en mêle bientôt. La péniche est introuvable, tout comme Tonna.

Le même jour, un suicide par défénestration se produit à l’hôpital voisin.  La victime, connue dans tous les services, était en réalité un homme en bonne santé qui venait plusieurs fois par semaine discuter avec les patients dans les salles d’attente. Etrange… Le commissaire Soneri appelé sur les lieux ne croit pas à la thèse du suicide : la victime n’est autre que le frère du batelier disparu sur le Pô.

Le fleuve des brumes est loin des clichés de l’Italie, de ses couleurs, de sa chaleur. C’est un roman policier d’atmosphère avant tout, qui plonge dans les méandres de l’histoire italienne, quand communistes et fascistes se vouaient une haine farouche. Le fleuve y apparaît comme métaphore de l’Histoire et de la haine qui couve, des sentiments qui prennent leur temps avant de trouver un accomplissement, de la vengeance, lente mais implacable. Un roman lent mais envoûtant, au charme particulier. Je lirai avec intérêt et surtout curiosité le second volet des enquêtes de Soneri, qui vient de paraître en français, mais j’attendrai sa sortie en poche. A réserver de toute façon aux « slow » lecteurs…

 

 

[1] Giallo : nom donné en Italie au roman policer, au genre policier. Signifie « jaune », de la couleur des couvertures d’une ancienne collection de policiers publiée par les éditions Mondadori.

Le fleuve des brumes , Valerio Varesi, traduit de l’italien par Sara Amrani, Points seuil n°P4531, mars 2017, 284p.

 

 

Livre lu dans le cadre du challenge polars et thrillers chez Sharon et du challenge Il viaggio chez Martine.

Il nuovo venuto, Marco Vichi.

 

C’est la troisième enquête du commissaire Bordelli que je lis et je n’ai pas été déçue, bien au contraire ! Nous sommes à la fin de l’année 1965 dans une Florence hivernale où les précipitations quotidiennes hésitent entre pluie et neige. Le commissaire Bordelli se demande avec qui il passera le réveillon de Noël et il interroge ses collègues à ce sujet.

Le travail le rappelle bien vite à l’ordre : un homme vient d’être assassiné chez lui, une paire de ciseau plantée dans la nuque. Les indices sont minces et Bordelli n’est pas très motivé. Il faut dire que la victime lui fait horreur, depuis qu’il a découvert qu’il s’agissait de Badalamenti, un usurier qui faisait chanter ceux qui étaient tombés sous sa coupe, allant même jusqu’à racheter leurs biens à bas prix, les plongeant dans une ruine certaine.

On s’en doute, la nouvelle de la mort de Badalamenti fait plus d’un heureux, parmi lesquels se cache sans doute le meurtrier. Faisant fi de la légalité, comme à son habitude, Bordelli décide d’aller rendre visite aux créanciers de l’usurier et de leur rendre lui-même les traites qui les liaient à l’odieux profiteur.

Bordelli se retrouve seul pour cette enquête, son fidèle adjoint, le jeune sarde Piras, étant en convalescence en Sardaigne : une fusillade lui a en effet causé une vilaine blessure à la jambe et il se remet doucement dans sa famille. Mais son instinct professionnel n’est pas au repos, et le suicide d’un proche lui paraissant suspect, il se lance sur les traces d’un ingénieur au passé trouble.

Marco Vichi nous emmène tranquillement sur ces deux pistes que les deux enquêteurs mènent séparément. Mais l’intrigue, peu compliquée, n’est pas l’objet de ce « giallo » : le thème central est bien le commissaire lui-même, dont l’auteur explore la psychologie et l’histoire.

Le commissaire Bordelli a l’impression désagréable de mal vieillir. Beaucoup de choses ont changé autour de lui et il regrette le passé. Certes, ses souvenirs de guerre sont toujours présents, comme dans les deux volumes précédents, mais il y a autre chose cette fois. Les jeunes qu’il a l’occasion de rencontrer dans son enquête lui font entrevoir l’existence d’un fossé entre leur génération et la sienne. Et pourtant, il se sent attiré par la jeune et belle Marisa qui lui rappelle Milena, dont il partageait la vie dans « Une sale affaire ».

Bordelli se demande s’il ne doit pas commencer à préparer sa retraite : à cinquante-cinq ans, il envisage de chercher une maison dans la campagne florentine où il pourrait jardiner et se retirer d’un monde de moins en moins fait pour lui. Mais parviendra-t-il vraiment à quitter sa ville ? Florence est d’ailleurs l’autre personnage central de « Il nuovo venuto », une ville bien éloignée de celle que les touristes connaissent : c’est une Florence populaire, celle des petites gens, des petits délinquants, ceux que fréquentent habituellement Bordelli, ceux qui n’ont pas été gâtés par la vie et auxquels le commissaire n’oublie d’ailleurs jamais de rendre justice.

Enfin, il y a les amis fidèles du commissaire. Rosa, bien sûr, pour qui il cherche un cadeau de Noël sortant de l’ordinaire, et puis le légiste Diotivede, avec lequel il échange toujours quelques piques bienveillantes, sans oublier Botta, le repris de justice fin-cuisinier qui a appris la cuisine du monde dans les différentes prisons qu’il a fréquentées…

L’ensemble donne un roman nostalgique, plein de sensibilité, et très humain. L’enquête policière n’est finalement que secondaire. Bordelli est un commissaire au grand cœur, un peu solitaire, mais sachant néanmoins s’entourer quand les circonstances le demandent. Un roman dont on attend avec impatience la traduction en français mais dont je suivrai, sans hésitation, la suite des aventures en italien !

Il nuovo venuto, Marco Vichi, edizioni TEA, Milano, mars 2015, 426 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien et du challenge Leggere in italiano.

 

 

 

Promenade à San Giminiano delle belle torri

San Giminiano aux belles tours… C’est le nom qu’a pris cette commune en devenant libre, à l’aube du XIII ème siècle. Des maisons-tours, San Giminiano n’en possédait pas moins de soixante-quinze à l’époque. Elle ne sont aujourd’hui plus que treize, auxquelles s’ajoutent églises, palais et remparts, à témoigner de cette architecture médiévale des XII ème et XIII ème siècles. Je vous invite à une promenade dans ses ruelles …

 

…sous un ciel laiteux dispensant une chaleur écrasante…

 

La piazza della cisterna, où l’orage menace…

 

La place du dôme

 

Du haut de cette tour, combien de siècles nous contemplent…?

 

Si proche et si loin des touristes, une cour intérieure où règne la sérénité…

 

Une sieste, à l’ombre des épais murs ?

 

Des rues tranquilles, en plein juillet…

 

Lierres et pierres, quelques couleurs de la Toscane…

 

Suivre la pente naturelle…

 

Et découvrir de petits paradis sur terre…

 

Entre deux maisons, le grand spectacle de la nature…

 

Une mer d’oliviers dans la campagne toscane…

 

 

On retourne vers la ville et ses remparts…

 

Pour se reposer, à l’ombre, devant un autre paysage, crée par l’Homme…

 

 

 

 

Les enfants de Venise, Luca di Fulvio

L’auteur

Luca di Fulvio est né en 1957 à Rome où il vit et travaille actuellement. Diplômé d’art dramatique, il est d’abord comédien, avant de se lancer dans l’écriture à la fin des années quatre-vingt-dix. « La gang dei sogni » (2008) et « La ragazza che toccava il cielo » (2013) sont aujourd’hui traduits en français et publiés par les éditions Slatkine et Cie sous les titres « Le gang des rêves » et « Les enfants de Venise ».

 

Les enfants de Venise

 

Rome 1515. Shimon Baruch, un marchand juif, se fait agresser et voler une bourse remplie de pièces d’or, fruit d’une bonne affaire qu’il vient de conclure. Voulant se venger, il tue l’un de ses jeunes agresseurs, un attardé mental prénommé Ercole. Lui-même grièvement blessé à la gorge par Mercurio qui le laisse pour mort sur les pavés, Shimon Baruch se remet mais perd définitivement l’usage de la parole. Une fois la peur oubliée, sa volonté de vengeance est décuplée et il part à la recherche de Mercurio.  Ce dernier ne sait pas que Baruch a survécu et se croyant coupable d’un assassinat, il décide de s’enfuir.

Comme Mercurio, ses complices Zolfo et Benedetta ne voulaient pas donner la mort mais seulement voler pour manger. Livrés à eux-mêmes, n’ayant aucun endroit où aller, ils accompagnent Mercurio sur les routes du Nord en direction de Venise. En chemin, ils rencontrent par hasard Isacco, un escroc juif qui se fait passer pour un médecin, et sa fille Guidetta.

Le courant semble passer entre Mercurio et Giudetta, mais leurs routes se séparent peu avant Venise. Mercurio choisit en effet de ne pas abandonner Zolfo qui préfère suivre un moine fanatique prêchant la haine des juifs. Il faut dire que le jeune Zolfo a été traumatisé par la mort d’Ercole dont il rend responsable le marchand juif. Quelques temps plus tard, après avoir été recueilli par une veuve de Mestre qui deviendra sa mère d’adoption, Mercurio se rend à Venise, bien décidé à retrouver la belle Giudetta.

Le premier regard qu’ils échangent confirme ce que tous deux pressentaient : ils sont follement amoureux ! Peu importe, Isaaco n’entend pas donner sa fille à un petit voyou; il l’a amenée à Venise précisément pour qu’elle connaisse une autre vie que celle de l’escroc qu’il a toujours été lui-même. Et puis surtout, Mercurio est chrétien, tandis que Giudetta est juive… Pendant ce temps, Shimon Baruch, toujours assoiffé de vengeance, arrive à Venise et progresse dans ses recherches…

Venise au XVIème siècle, on s’y croirait ! Les remugles des murs rongés par l’humidité, l’eau croupie, la violence, le sang et la pauvreté qui plongent le plus grand nombre dans la déchéance, les manipulations du pouvoir qui décrète en 1516 l’enferment des juifs dans le Ghetto, de grands nobles qui ne sont que de mesquins personnages (mais pas tous, loin de là), les procès de l’Inquisition et leur lot d’injustices : Luca di Fulvio nous emmène dans un monde, le nôtre, où la vérité n’existe pas : elle est seulement celle que veulent et écrivent les puissants…

« Les enfants de Venise » est un formidable roman d’aventures, avec pour fil conducteur une histoire d’amour qui unit deux êtres épris de liberté. Mercurio est brillant : voleur d’une grande habileté, son imagination débordante et sa capacité à endosser tous les rôles l’amènent à adopter des déguisements plus vrais que nature. Giudetta est déterminée, courageuse, et n’hésite pas à braver les interdits quand elle sait que son combat est juste. Mercurio et Giudetta s’aimeront, s’épauleront, se sauveront.

Voilà donc une histoire romanesque comme on les aime, sur fond historique, avec une foule de personnages attachants qui ne livrent pas tout de suite leur vérité. Un roman qui se lit d’une traite et dont les 800 pages ne doivent pas vous effrayer !

Je remercie les éditions Slatkine et Cie de m’avoir fait découvrir ce roman et cet auteur.

Les enfants de Venise, Luca di Fulvio, traduit de l’italien par Françoise Brun, Editions Slatkine et Cie, avril 2017, 798 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Martine, et du challenge vénitien.