Le commissaire Ricciardi en BD et en VO ! Il senso del dolore, Maurizio de Giovanni, Falco et Bigliardo

 

Le commissaire Ricciardi est confronté à l’assassinat d’une véritable gloire nationale, le ténor Arnaldo Vezzi, un homme aussi désagréable que talentueux, très apprécié par le Duce. Autant dire que l’homme s’était fait de nombreux ennemis ! En cette froide soirée de l’hiver 1931, Vezzi est donc retrouvé mort dans sa loge fermée de l’intérieur, peu avant son entrée sur la scène du célèbre théâtre San Carlo de Naples.

 

Arnaldo Vezzi devait apparaître dans « Pagliacci », une oeuvre courte du compositeur napolitain Leoncavallo, qui devait immédiatement succéder à la représentation de « Cavalleria rusticana ». Le commissaire Ricciardi est chargé de l’enquête à laquelle il s’attelle aussitôt avec Maione, son fidèle bras droit depuis qu’ils ont tous deux retrouvé l’assassin du fils de Maione, qui était lui aussi policier.

Ce premier volume est l’occasion de faire connaissance avec le héros des polars de Maurizio de Giovanni, le commissaire Luigi Alfredo Ricciardi di Malomonte, un jeune homme beau, élégant et très droit, qui tient beaucoup à respecter la procédure dans tous les cas de figure. Mais ce héros qui accumule les qualités est hanté par ses fantômes, celui des créatures de la rue qui ont été assassinées : Ricciardi dispose d’un « don » maudit qui lui aurait été transmis par sa mère et qui le fait beaucoup souffrir, puisqu’il est torturé par la douleur que ressentent les personnes assassinées  lorsqu’elles doivent se détacher de la vie et qu’elles vivent leur dernier souffle.

Cette première intrigue est illustrée par le dessinateur Daniele Biglierdo qui, quand il était enfant, se rendait régulièrement dans les coulisses du théâtre San Carlo où sa mère était choriste. On peut découvrir Naples avec ses tramways de l’époque, la Piazza Municipio d’alors, où se trouve le bureau de Ricciardi, mais aussi des lieux qui n’ont pas changé, tels le Théâtre San Carlo, le café Gambrinus ou la galerie Vittorio Emanuele, entre autres.

Les dessins sont principalement en noir et blanc, avec des ajouts de bleu qui donne la tonalité générale, couleur choisie pour cet épisode, afin de conférer la froideur nécessaire à cette histoire hivernale. Des détails racontés par le dessinateur dans l’interview qui conclut l’album.

Au total, 174 pages d’un vrai régal, qui me mettent l’eau à la bouche pour les volumes suivants !

 

Le stagioni del commissario Ricciardi, Il senso del dolore, Maurizio de Giovanni, Claudio Falco, Daniele Bigliardo. Sergio Bonelli editore, 2017, 174 p.

 

Participation au challenge polars et thrillers chez Sharon et au challenge Il viaggio chez Martine

 

 

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L’amour harcelant / L’amore molesto, Elena Ferrante

 

Amalia, la soixantaine, se noie la nuit de l’anniversaire de sa fille, Délia. On la retrouve avec pour seul vêtement un soutien-gorge, neuf et d’une marque de luxe, alors que ce n’est pas son habitude de porter ce genre de lingerie. La noyade est suspecte : est-elle le fruit d’un accident ou d’un suicide ? Peut-être même d’un meurtre ? Délia commence une enquête méticuleuse qui va l’amener à fouiller dans ses souvenirs d’enfance, sur les traces d’une mère séductrice qui, peut-être, menait une double vie. Se dessine alors un rapport mère-fille très ambigu, à la fois glaçant et passionné, allant de l’empathie ponctuelle à la haine profonde, sur fond de violences familiales.

« L’amour harcelant » démarre comme un roman policier, mais ce n’en n’est pas un. L’ambigüité est partout, dans le genre littéraire, mais aussi dans les personnages, parfois grotesques, toujours surréalistes. Sous l’œil précis de la narratrice, qui ne nous épargne pas les détails obscènes de ce que j’appellerai plutôt son cheminement que son enquête, nous évoluons dans une atmosphère assez sinistre.

Elena Ferrante nous offre des descriptions détaillées de Naples, par exemple du quartier du Vomero, où tout paraît sale et négligé, et donc très éloigné de la réalité. Tout ce qui concerne Naples et le passé de Délia est visiblement douloureux. La figure du père elle-même est sordide. Dans les moments les plus sombres, la narratrice, Délia, recourt au dialecte, ce napolitain qu’elle ne veut pourtant plus parler. L’écriture est très littéraire, rien n’est laissé au hasard, mais elle est aussi très animale car elle fait appel à tous les sens.

Au total, « L’amour harcelant » (à mon sens « l’amour meurtri », comme traduction de « L’amore molesto », aurait été plus évocateur) est un roman cruel, négatif et ambigu, que je n’ai pas aimé. Ceci dit, j’ai été ravie de l’avoir lu, car il m’a aidé à comprendre en profondeur la saga d’Elena Ferrante, « L’amie prodigieuse », qu’elle a écrit vingt ans plus tard. Tous les thèmes de « L’amie prodigieuse » étaient déjà présents dans « L’amour harcelant » :  la peur de l’abandon, le rapport ambivalent à la mère, la sensualité, un certain dégoût pour le dialecte, la ville de Naples. Ils seront développés et présentés de façon plus objective et équilibrée dans la saga qui a rendu célèbre Elena Ferrante dans le monde entier.

L’amour harcelant, Elena Ferrante, traduit de l’italien par Jean-Noël Schifano, Collection Du monde entier, Gallimard, Paris,1995, 192 p.

L’amore molesto, Elena Ferrante, edizioni e/o, Roma, 1999, 172 p.

 

La série « L’amica geniale » sur la Rai 1

Pour ce premier rendez-vous de la semaine italienne consacré à un film ou à une série télévisée italienne, j’ai choisi de vous parler de la série « L’amica geniale » qui est très attendue en Italie par les lecteurs de la saga d’Elena Ferrante. La série sera transmise sur la Rai 1 à partir du 27 novembre prochain. Les huit épisodes qui évoqueront le tome 1 de la saga, constituent la première saison d’une série qui devrait en compter trente-deux. Chaque épisode durera cinquante minutes et nous pourrons en voir deux chaque mardi.

Les deux premiers épisodes de la série ont été présentés en avant-première lors de la 75 ème édition de la Mostra de Venise, puis ont été diffusés au cinéma en Italie, lors d’une avant-première exclusive qui a eu lieu les 1er, 2 et 3 octobre derniers. Pour nous, il faut attendre encore une bonne semaine, si l’on a la chance d’avoir accès aux chaînes italiennes.

Les tournages ont commencé en mars dernier à Caserta, ville située au nord de Naples où a été reconstitué le quartier d’Elena et Lila. L’auteur, Elena Ferrante, a participé à l’écriture du scénario et à la mise en scène, et a eu son mot à dire pour le choix des acteurs. Ce sont d’ailleurs des enfants qui n’étaient pas acteurs qui ont été choisis parce qu’ils étaient plus naturels, selon Elena Ferrante.

Voici un petit avant-goût :

 

La semaine italienne de Martine

Voici le programme de la deuxième Semaine italienne que Martine nous propose en octobre, en souvenir du mois italien organisé auparavant par Eimelle Laure. Rien n’est imposé : les participations sont libres, une seule fois, ou autant de fois que vous le désirez. Vous pouvez vous inscrire sur le blog de Martine, ici, ou sur la page Facebook du mois italien.

Cette édition 2018 se déroulera donc du 24 au 31 octobre. Voici les rendez-vous que Martine nous a concoctés :

  • mercredi 24 : votre billet de présentation.
  • jeudi 25 : un film ou une série télévisée italienne que vous aimez et souhaitez nous faire connaître.
  • vendredi 26 : journée avec Elena Ferrante (la série de « L’amie prodigieuse » ou un autre de ses romans).
  • samedi 27 et dimanche 28 : un week-end à Venise, à travers les romans, son histoire, sa cuisine…
  • lundi 29 : une nouvelle ou un recueil de bonnes nouvelles italiennes à partager.
  • mardi 30 : un petit tour dans les îles Sardaigne, Sicile…
  • et mercredi 31 : on termine cette semaine italienne au choix en musique, ou autour d’une table, ou en feuilletant un album photos, ou en papotant autour d’un bon café italien en partageant notre ou nos derniers coups de coeur littéraires italiens.

Belle Semaine italienne à toutes et à tous!

 

 

Les ombres de Montelupo/ Le ombre di Montelupo, Valerio Varesi

L’auteur

 

Valerio Varesi est né à Turin en 1959. Après des études de philosophie à l’université de Bologne, il devient journaliste à La Repubblica. En 1998, il publie le premier tome d’une série dédiée aux enquêtes du commissaire Soneri, « Ultime notizie di una fuga ». Le quatrième tome, paru en 2003, « Il fiume delle nebbie » est le premier de la série à être traduit en français par les éditions Agullo, sous le titre « Le fleuve des brumes ». Il sort ensuite en format de poche au cercle Points. La deuxième enquête, « La pension de la via Saffi » (« L’affittacamere »), est parue en poche début 2018,  tandis que les éditions Agullo publiaient une troisième enquête du commissaire Soneri sous le titre « Les ombres de Montelupo » (« Le ombre di Montelupo »).

 

Les ombres de Montelupo

 

Voici la troisième enquête du commissaire Soneri que je lis et j’aime tout particulièrement la façon dont l’auteur installe les ambiances et décrit les atmosphères. Après les pluies incessantes et les brumes enveloppantes du Pô (Le fleuve des brumes), après le froid humide et perçant du centre historique de Parme (La pension de la via Saffi), c’est encore en automne, mais cette fois dans les montagnes des Apennins, que Valerio Varesi déroule son intrigue. Entre les brouillards qui tour à tour enrobent les sommets et envahissent les fonds de vallée, l’été de la Saint-Martin laisse subsister quelques moments d’un soleil automnal éblouissant dans un air d’une limpidité propre à l’altitude. Autant de lumière, de sensations, d’odeurs de terre mouillée dans lesquelles l’auteur nous plonge.

Le commissaire Soneri se trouve en vacances dans le village dont son père était originaire. Il recherche la tranquillité et la solitude de la montagne et s’élance chaque matin sur les sentiers pour ramasser des champignons. Mais la disparition de Rodolfi, producteur de charcuterie et employeur d’une grande partie des habitants du village, met un terme à des vacances qui n’avaient pas vraiment commencé.

Soneri apprend en effet que la plupart des habitants avaient prêté de l’argent aux Rodolfi : l’endroit n’est plus qu’un village peuplé de créanciers qui tremblent de tout perdre et qui se lancent à la recherche du fils de Rodolfi, espérant récupérer les économies d’une vie entière.

 

On retrouve, comme dans les deux précédents épisodes, la nostalgie que Soneri éprouve face au passé. Elle prend cette fois la forme d’une légère amertume lorsque Soneri s’aperçoit qu’il est devenu un étranger pour les habitants du village dont il n’a pas toute la confiance. Comme il est attachant ce commissaire au fort besoin d’introspection, avec sa lucidité, son humanité, mais aussi sa mélancolie ! Il recherche le silence et réfléchit, et à son image, le roman se déroule lentement, il nous envoûte sans nous lasser. Je ne crois pas que, comme le « Slow food », gage de qualité, le « Slow Giallo » existe en Italie, mais si tel était le cas, les romans policiers de Valerio Varesi en seraient les dignes représentants !

 

* Giallo : nom donné en Italie au roman policer, au genre policier. Signifie « jaune », de la couleur des couvertures d’une ancienne collection de policiers publiée par les éditions Mondadori.

 

Les ombres de Montelupo, Valerio Varesi, traduit de l’italien par Sarah Amrani, Agullo Editions, mars 2018, 309 p.

Le ombre di Montelupo, Valerio Varesi, Frassinelli, aprile 2005, 247 p.

 

Dogman, de Matteo Garrone avec Marcello Fonte

Titre original et titre français : Dogman

Sortie : 2018

Réalisateur : Matteo Garrone

Acteurs principaux : Marcello Fonte (Marcello), Edoardo Pesce (Simoncino), Alida Baldari Calabria (Alida),Francesco Acquaroli (Francesco).

Production : Italie, France.

Durée : 102 mn (1h42)

 

Marcello est toiletteur pour chiens dans une station balnéaire abandonnée. Entre les barres d’immeubles dégradées des années soixante, la plage baignée par une pluie automnale incessante, et les quelques commerces qui subsistent à coups d’expédients frisant l’illégalité, il ne fait pas bon vivre dans cet endroit oublié. Et pourtant, les habitants déshérités qui, on l’imagine bien, restent parce qu’ils n’ont pas les moyens de quitter les lieux, font dorloter ce qu’ils ont de plus cher au monde. Et Marcello s’en charge à merveille, lui dont l’amour des chiens, même des plus méchants, est presque l’unique raison de vivre.

Mais il y a aussi sa fille, Alida, âgée d’une dizaine d’années, qui vit chez sa mère et qu’il ne voit que de temps en temps. Outre les chiens, Marcello a une passion pour la plongée, qu’il partage avec sa fille. Il rêve d’ailleurs de l’emmener plonger en Calabre. Mais cela coûte cher, et c’est en grande partie pour cela que Marcello revend occasionnellement de la drogue à Simone, ancien boxeur toxicomane tombé dans la délinquance.

L’ennui, c’est que Simone devient de plus en plus violent, il ne paye pas la drogue qu’il consomme et il pourrit la vie des commerçants du quartier qu’il rackette ou vole. Mais ceux-ci n’osent pas porter plainte, car ils savent que Simone se vengera dès qu’il sera sorti de prison. Marcello, lui, est doux comme un agneau ; il persiste à appeler le caïd par son diminutif, Simoncino : il n’a que cette arme, parce que sa carrure et sa timidité ne lui permettent pas de s’opposer à Simone. Mais il dira oui une fois de trop et ira en prison à la place de Simone, parce qu’il n’hésite pas un instant à endosser la responsabilité du vol, à assumer sa responsabilité.

Matteo Garrone, réalisateur de Gomorra, signe un film noir et violent aux dialogues minimalistes, mais remarquablement bien interprété par l’acteur principal, Marcello Fonte, qui communique ses émotions avec une grande justesse, sans jamais en faire trop. On aime la tendresse de Marcello vis-à-vis de sa fille, l’attachement à son quartier, si sordide soit-il, à ses habitants qui l’apprécient, mais l’homme a un gros défaut qui, dans ces circonstances, va le faire basculer… Le scénario est tiré d’un fait divers italien des années quatre-vingt, une vengeance qui donne froid dans le dos. Quoi qu’il en soit, Marcello Fonte a reçu le prix d’interprétation masculine du festival de Cannes 2018 et c’est amplement mérité !

 

 

La pension de la via Saffi/L’affittacamere, Valerio Varesi

L’auteur

 

Valerio Varesi est né à Turin en 1959. Après des études de philosophie à l’université de Bologne, il devient journaliste à La Repubblica. En 1998, il publie le premier tome d’une série dédiée aux enquêtes du commissaire Soneri, « Ultime notizie di una fuga ». Le quatrième tome, paru en 2003, « Il fiume delle nebbie » est le premier de la série à être traduit en français par les éditions Agullo, sous le titre « Le fleuve des brumes ». Il est ensuite sorti en format de poche au cercle Points. La deuxième enquête, « La pension de la via Saffi » (« L’affittacamere »), vient également de paraître en poche, tandis que les éditions Agullo viennent de publier une autre enquête du commissaire Soneri sous le titre « Les ombres de Montelupo ».

 

La pension de la via Saffi

 

Après avoir beaucoup apprécié « Le fleuve des brumes » de Valerio Varesi, j’attendais avec impatience la sortie en poche de la seconde enquête du commissaire Soneri intitulée « La pension de la Via Saffi ». Paru en avril dernier, il arrivait à point nommé pour le mois italien.

Nous sommes à Parme, quelques jours avant Noël et le commissaire Soneri est l’un des seuls à ne pas se laisser gagner par l’effervescence mercantile qui règne dans la ville. Alors qu’il espère avoir enfin le temps de laisser libre cours à ses pensées, il se trouve face à une nouvelle énigme : la propriétaire d ’une petite pension de famille située dans le centre historique de Parme vient d’être assassinée. Or le commissaire Soneri connaissait la victime, Ghitta Tagliavini, puisque celle-ci accueillait par le passé dans sa pension de nombreux étudiants, dont Ada, sa future femme. Soneri passait d’ailleurs souvent à la pension pour rencontrer Ada.

L’enquête laisse très vite apparaître que la pension Saffi n’avait plus grand-chose à voir avec celle que Soneri avait connue. Devenus riches, les étudiants ne se contentent plus aujourd’hui d’une simple pension et la propriétaire s’était tournée depuis quelques temps vers une nouvelle clientèle, en choisissant de louer ses chambres en journée à des couples, dont beaucoup étaient illégitimes…

Le commissaire Soneri se dévoile un peu plus dans cette seconde enquête, où l’on apprend l’épisode douloureux de son veuvage précoce. Angela est toujours fidèle au poste pour le soutenir, ce qui n’est pas forcément drôle pour elle, car Soneri exprime peu ses sentiments. L’ensemble se déroule dans une atmosphère froide et brumeuse : les petites rues tortueuses du centre de la ville, pleines d’un épais brouillard, évoquent sans doute les méandres du passé de Soneri.

Le commissaire est en effet nostalgique de son passé, mais aussi de toute une époque, où Parme était encore une ville provinciale, où les gens se connaissaient, se parlaient. Il regrette que la ville soit maintenant gangrénée par la corruption et envahie par des étrangers, qu’il ne rejette pas, bien au contraire, mais dont il regrette qu’ils ne parviennent pas à s’intégrer et constituent des communautés qui vivent à côté des italiens, et non avec eux.

J’aime beaucoup le regard lucide et nostalgique que Soneri porte sur l’Italie, d’autant qu’il reste toujours mesuré dans ses propos. L’enquête elle-même nous en dit beaucoup sur l’évolution du pays, et cela prime sur les faits en eux-mêmes et sur l’intrigue et le suspense qui sont finalement secondaires. Le rythme lent donne une certaine profondeur au roman, mais risque de ne pas plaire aux amateurs de polars rapides aux multiples rebondissements. En revanche, pour les autres, c’est une série à suivre, sans aucun doute !

 

La pension de la Via Saffi, Valerio Varesi, traduit de l’italien par Florence Rigollet, Points Seuil P4772, avril 2018, p306.

 

Lu dans le cadre du mois italien chez Martine