L’été du commissaire Ricciardi / Il posto di ognuno, l’estate del commissario Ricciardi, Maurizio de Giovanni.

L’auteur

 

Né en 1958 à Naples, Maurizio de Giovanni, d’abord banquier, est devenu l’auteur de nombreux romans policiers. Ses deux séries les plus connues se déroulent à Naples : celle du Commissaire Ricciardi au début des années trente, et celle du commissaire Lojacono, à l’époque actuelle.

 

Le roman

 

Le roman de Maurizio De Giovanni a plus que rempli sa mission : me transporter à Naples, loin de notre quotidien un peu angoissant. Pourtant, la situation n’est pas non plus des meilleures en ce début des années trente dans la grande ville parthénopéenne : la chaleur est étouffante, le peuple vaque difficilement à ses occupations pour pouvoir manger, le fascisme s’installe peu à peu.

Le commissaire Ricciardi voit toujours des « choses » : son don malheureux lui impose en effet de voir les morts assassinés ou décédés d’une mort violente, au moment de leur passage de vie à trépas. Et c’est le cas de la Duchesse de Camprino que l’on vient de retrouver dans son palais napolitain, la tête percée d’une balle silencieuse mais fatale. Personne n’a rien entendu, d’une part parce qu’un coussin maintenu contre le visage de la victime a atténué le bruit de la détonation, mais aussi parce qu’une grande fête populaire battait son plein dans le quartier.

L’enquête s’oriente aussitôt vers Capece, un journaliste connu qui était l’amant de la Duchesse : celle-ci vivait en effet de façon indépendante, sans se préoccuper de son époux, le vieux Duc de Camprino, malade et alité depuis longtemps. Ricciardi se met aussitôt au travail, aidé du brigadier Maione qui, fâché contre sa femme, entame un régime, se privant ainsi des plats délicieux de celle-ci.

Ricciardi a quant à lui la surprise de rencontrer la très belle Livia Lucani qui lui annonce qu’elle vient passer de longues vacances à Naples, dans le seul but de faire plus ample connaissance avec lui. Mais le commissaire reste attiré par la douce Enrica Colombo qu’il continue à contempler chaque soir par la fenêtre. Jusqu’à ce qu’il se rende compte que la famille Colombo reçoit un jeune homme qui se comporte comme un prétendant…

Tome après tome -il s’agit ici du troisième-, la série des enquêtes du commissaire Ricciardi est la certitude d’une lecture agréable et prenante et d’un voyage dépaysant à Naples dans une période historique troublée. Outre l’enquête en elle-même, les interrogations du commissaire Ricciardi sur sa vie sentimentale prennent ici de l’importance : il ira jusqu’à remettre en question la décision qu’il avait prise de ne pas imposer à une femme la malédiction dont il est l’objet. Il y a enfin l’aspect historique avec la montée du fascisme que l’on sent plus présent que dans les tomes précédents. La recette de Maurizio de Giovanni fait donc appel à de multiples ingrédients, une intrigue policière, des éléments historiques et sociaux, un peu de fantastique, de l’humour, des sentiments, le tout servi par un style fluide et une construction dynamique. Mes prochains achats, sans aucun doute, seront « L’automne du commissaire Ricciardi » et « L’hiver du commissaire Ricciardi ». C’est donc par une excellente lecture que je début le mois italien !

 

L’été du commissaire Ricciardi, Maurizio De Giovanni, traduit de l’italien par Odile Rousseau, Rivages/Noir, 2014, 405 p.   

 Il posto di ognuno, l’estate del commissario Ricciardi, Maurizio de Giovanni, Einaudi, 2013, 325 pp.

 

Le gang des rêves, Luca di Fulvio

L’auteur

 

Luca di Fulvio est né en 1957 à Rome où il vit et travaille actuellement. Diplômé d’art dramatique, il est d’abord comédien, avant de se lancer dans l’écriture à la fin des années quatre-vingt-dix. « La gang dei sogni » (2008) et « La ragazza che toccava il cielo » (2013) sont aujourd’hui traduits en français et publiés par les éditions Slatkine et Cie sous les titres « Le gang des rêves » et « Les enfants de Venise ». « Le gang des rêves » est disponible depuis peu en Pocket.

 

Le gang des rêves

 

 

C’est pour la préserver des griffes du patron et s’assurer qu’elle ne portera jamais, comme elle, « son bâtard dans le ventre », qu’une paysanne calabraise choisit d’estropier Cetta, sa fille de douze ans. Mais Cetta n’échappe pas à son destin et met au monde, à l’âge de quatorze ans, un petit Natale qu’elle décide d’emmener en Amérique pour qu’il ne subisse pas l’esclavage qui est le lot des paysans du sud de la péninsule.

Quand la jeune mère et son bébé débarquent à Ellis Island, le prénom de l’enfant est traduit et Natale est enregistré sous le nom de Christmas Luminità. Quant à Cetta, sa beauté lui vaut d’être placée comme prostituée dans une maison close, sous la protection de Sal, un homme dur et taciturne. Le caractère déterminé de Cetta lui permet de garder Christmas auprès d’elle, ce qui est normalement impossible pour une prostituée. Débute alors pour Cetta et son fils une vie difficile, dans les bas-fonds de New York.

 

 

Quelques années plus tard, Christmas, qui est sur le point de basculer dans la délinquance, trouve dans la rue une jeune fille ensanglantée qui semble avoir été battue et violée. Après l’avoir portée jusque chez lui, il la dépose devant l’hôpital sur les conseils de sa mère qui en profite pour lui asséner avec autorité qu’il ne devra jamais lever la main sur une femme. Elle ajoute que, dans le cas contraire, elle n’hésiterait pas à le tuer elle-même. Malheureusement, Christmas, que l’on a vu déposer la jeune fille, est arrêté.

Commence alors une aventure à travers la métropole internationale qu’est déjà New York dans les années vingt, celle des bandes rivales, qui marquent les différences entre les communautés italiennes, irlandaises et juives.  Heureusement, Christmas, fort des enseignements de sa mère, parvient toujours à préserver sa pureté. Avec lui, le lecteur traverse l’Amérique, du Lower East Side et des débuts de la radio, jusqu’aux studios d’Hollywood, à travers de que les hommes ont produit de mieux, mais aussi de plus vil : un roman dur, violent, parfois tendre, où les justes se reconnaissent entre eux et où l’amour et l’intégrité triomphent finalement.

On retrouve dans « Le gang des rêves », tous les ingrédients des « Enfants de Venise ». Pour être tout à fait juste, il faut préciser que « Le Gang des rêves » a été publié avant « Les enfants de Venise » dont il constitue le premier tome d’une trilogie dans laquelle chaque volume se lit séparément. Les thèmes sont les mêmes, avec au centre, une histoire d’amour entre deux héros d’origines et de religions différentes. « Le gang des rêves » est un pavé qui se lit d’une traite, tant est grand le talent de conteur, et l’écriture cinématographique,  de Luca di Fulvio !

Le gang des rêves, Luca di Fulvio, traduit de l’italien par Elsa Damien, éditions Slatkine et Cie, décembre 2016, 716 p. Sorti en Pocket en mai 2017, 864 p.

La gang dei sogni, Luca di Fulvio, Mondadori, collezione Best sellers, 2014, 574 p.

 

Livre lu dans le cadre du challenge Il viaggio chez Martine.

Je remercie les Editions Slatkine et Compagnie de m’avoir fait découvrir ce roman.

 

Les enfants de Venise, Luca di Fulvio

L’auteur

Luca di Fulvio est né en 1957 à Rome où il vit et travaille actuellement. Diplômé d’art dramatique, il est d’abord comédien, avant de se lancer dans l’écriture à la fin des années quatre-vingt-dix. « La gang dei sogni » (2008) et « La ragazza che toccava il cielo » (2013) sont aujourd’hui traduits en français et publiés par les éditions Slatkine et Cie sous les titres « Le gang des rêves » et « Les enfants de Venise ».

 

Les enfants de Venise

 

Rome 1515. Shimon Baruch, un marchand juif, se fait agresser et voler une bourse remplie de pièces d’or, fruit d’une bonne affaire qu’il vient de conclure. Voulant se venger, il tue l’un de ses jeunes agresseurs, un attardé mental prénommé Ercole. Lui-même grièvement blessé à la gorge par Mercurio qui le laisse pour mort sur les pavés, Shimon Baruch se remet mais perd définitivement l’usage de la parole. Une fois la peur oubliée, sa volonté de vengeance est décuplée et il part à la recherche de Mercurio.  Ce dernier ne sait pas que Baruch a survécu et se croyant coupable d’un assassinat, il décide de s’enfuir.

Comme Mercurio, ses complices Zolfo et Benedetta ne voulaient pas donner la mort mais seulement voler pour manger. Livrés à eux-mêmes, n’ayant aucun endroit où aller, ils accompagnent Mercurio sur les routes du Nord en direction de Venise. En chemin, ils rencontrent par hasard Isacco, un escroc juif qui se fait passer pour un médecin, et sa fille Guidetta.

Le courant semble passer entre Mercurio et Giudetta, mais leurs routes se séparent peu avant Venise. Mercurio choisit en effet de ne pas abandonner Zolfo qui préfère suivre un moine fanatique prêchant la haine des juifs. Il faut dire que le jeune Zolfo a été traumatisé par la mort d’Ercole dont il rend responsable le marchand juif. Quelques temps plus tard, après avoir été recueilli par une veuve de Mestre qui deviendra sa mère d’adoption, Mercurio se rend à Venise, bien décidé à retrouver la belle Giudetta.

Le premier regard qu’ils échangent confirme ce que tous deux pressentaient : ils sont follement amoureux ! Peu importe, Isaaco n’entend pas donner sa fille à un petit voyou; il l’a amenée à Venise précisément pour qu’elle connaisse une autre vie que celle de l’escroc qu’il a toujours été lui-même. Et puis surtout, Mercurio est chrétien, tandis que Giudetta est juive… Pendant ce temps, Shimon Baruch, toujours assoiffé de vengeance, arrive à Venise et progresse dans ses recherches…

Venise au XVIème siècle, on s’y croirait ! Les remugles des murs rongés par l’humidité, l’eau croupie, la violence, le sang et la pauvreté qui plongent le plus grand nombre dans la déchéance, les manipulations du pouvoir qui décrète en 1516 l’enferment des juifs dans le Ghetto, de grands nobles qui ne sont que de mesquins personnages (mais pas tous, loin de là), les procès de l’Inquisition et leur lot d’injustices : Luca di Fulvio nous emmène dans un monde, le nôtre, où la vérité n’existe pas : elle est seulement celle que veulent et écrivent les puissants…

« Les enfants de Venise » est un formidable roman d’aventures, avec pour fil conducteur une histoire d’amour qui unit deux êtres épris de liberté. Mercurio est brillant : voleur d’une grande habileté, son imagination débordante et sa capacité à endosser tous les rôles l’amènent à adopter des déguisements plus vrais que nature. Giudetta est déterminée, courageuse, et n’hésite pas à braver les interdits quand elle sait que son combat est juste. Mercurio et Giudetta s’aimeront, s’épauleront, se sauveront.

Voilà donc une histoire romanesque comme on les aime, sur fond historique, avec une foule de personnages attachants qui ne livrent pas tout de suite leur vérité. Un roman qui se lit d’une traite et dont les 800 pages ne doivent pas vous effrayer !

Je remercie les éditions Slatkine et Cie de m’avoir fait découvrir ce roman et cet auteur.

Les enfants de Venise, Luca di Fulvio, traduit de l’italien par Françoise Brun, Editions Slatkine et Cie, avril 2017, 798 p.

 

Livre lu dans le cadre du mois italien chez Martine, et du challenge vénitien.

La vie silencieuse de Marianna Ucria, Dacia Maraini

L’auteure

 

Née en 1936 près de Florence, Dacia Maraini est la fille d’un ethnologue florentin d’origine anglaise et d’une noble sicilienne. Elle passe sa prime enfance au Japon où son père effectue des recherches, puis la famille s’installe en Sicile chez les grands-parents maternels. Dacia Maraini grandit à Bagheria, près de Palerme, qui sert de cadre à « La vie silencieuse de Marianna Ucria ». Outre des romans, Dacia Mariani a publié des pièces de théâtre, de la poésie et des nouvelles. Elle fut la compagne de l’écrivain romain Alberto Moravia et est également connue comme figure du féminisme italien.

 

Le roman

 

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Publié en 1990, « La lunga vita di Marianna Ucria »/ La vie silencieuse de Marianna Ucria » remporte le prestigieux prix Campiello et est salué à la fois par la critique et par le public. Il a ensuite été adapté au cinéma, sous le titre de « Marianna Ucria » avec Emmanuelle Laborit dans le rôle principal.

L’héroïne du roman est une jeune noble sicilienne, sourde et muette. Emmurée dans son silence, elle observe le monde qui l’entoure et développe une grande acuité des autres sens, ce qui lui permet de deviner les pensées de ses proches.

Nous sommes en Sicile au début du XVIII ème siècle et le roman s’ouvre alors que la petite Marianna n’a que cinq ans. Son père l’emmène assister aux dernières heures d’un très jeune condamné, à la prison de la Vicaria à Palerme. Ils se rendent ensuite sur la place où la foule se presse pour assister à la pendaison. Monsieur Père espère qu’un choc salutaire rende la parole à sa fille.

En effet, Marianna n’a pas toujours été muette. Elle-même garde le souvenir confus du son de la voix de son père, de quelques bruits étouffés, mais elle n’en sait pas davantage. Marianna communique avec ses proches en écrivant de petits billets dont elle garde les plus précieux. Mais son existence se complique lorsqu’à treize ans elle doit épouser « l’oncle mari », qui n’est autre que son oncle, un vieux garçon qui a déjà la quarantaine et n’attend de Marianna qu’une seule chose : qu’elle lui donne rapidement des fils.

Marianna a cinq enfants. Elle en a porté davantage, comme toutes les femmes à cette époque. Elle a également perdu le petit Signoretto à l’âge de quatre ans, un enfant avec lequel elle avait développé une relation privilégiée. Une fois ses enfants devenus adultes, Marianna s’échappe dans la lecture et découvre les philosophes des Lumières, ce qui est très mal vu à l’époque, a fortiori pour une femme. Devenue veuve, et parce que son fils aîné ne remplit pas ses devoirs, elle décide de gérer elle-même le domaine des Ucria, mais elle doit pour cela se faire accepter par les fermiers.

Grâce à la lecture et à la connaissance, elle évolue et s’ouvre à une nouvelle vie, plus à l’écoute de ses sentiments, de ses désirs. Marianna Ucria est un magnifique personnage féminin : d’abord enfermée en elle-même de par son handicap, elle est mue par une grande détermination et s’ouvre aux autres et à la culture : elle développe une riche vie intérieure fondée sur l’intuition, la perception et la mémoire.

 

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D’autres personnages sont très attachants notamment le père de Marianna, qui a su développer une complicité avec sa fille, malgré les difficultés de communication, ainsi que la grand-mère qui apprend à lire et à écrire à Marianna. On assiste aux premières difficultés des familles nobles, grands propriétaires terriens, qui sont au centre du « Guépard » de Tomasi di Lampedusa : tout un monde qui doit s’adapter aux changements et notamment aux idées apportées par les philosophes des Lumières.

Dacia Maraini réussit parfaitement à nous plonger dans le XVIII ème siècle sicilien. Son style est fluide, mais la version originale italienne est émaillée de vocabulaire issu du dialecte sicilien. Je conseillerai donc plutôt la version française, sauf pour les spécialistes !

La lunga vita di Marianna Ucria, Dacia Maraini, Rizzoli, Milano, 1990, 265p.

La vie silencieuse de Marianna Ucria, Dacia Maraini, traduit de l’italien par Donatella Saulnier, Robert Laffont, Pavillons Poche, Pais, 2006, 413 p.

 

Livre lu en VO dans le cadre du challenge Il viaggio chez Eimelle et du challenge Leggere in italiano ici.

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La reine vénitienne, Silvia Alberti de Mazzeri

Silvia Alberti de Mazzeri est l’auteur de biographies historiques et de nombreux articles publiés dans des magazines d’histoire italiens. Elle nous propose ici la biographie romancée de Catherine Cornaro, fille d’une des plus anciennes familles de Venise, qui est devenue Reine de Chypre en épousant le Roi Jacques II de Lusignan. Un destin hors du commun pour une jeune fille issue d’une famille de marchands.

La reine vénitienne

Nous sommes à Venise en 1510. Catherine Cornaro est mourante. Le cardinal Giulio Orsini est à ses côtés et écoute le récit de la vie de la reine de Chypre pour qui tout a commencé au couvent de Padoue, en 1471. C’est là que la jeune fille apprend que le roi de Chypre, Jacques II de Lusignan, l’a choisie pour épouse, après être tombé amoureux de son portrait, la « Dame voilée ».

Pendant l’été 1472, à contrecœur, la jeune promise voyage en bateau vers son nouveau foyer, à la rencontre d’un roi qu’elle ne connaît pas encore. Le roi de Chypre avait d’abord refusé d’épouser la Princesse Sofia, nièce du roi de Naples, après avoir découvert que celle-ci avait du sang byzantin dans les veines, ce dont il ne voulait pas pour ses enfants. Il choisit alors Catherine Cornaro pour sa beauté, du moins celle que lui a laissé deviner le portrait, car le roi n’a jamais vu Catherine. Il est vrai que le roi est endetté envers la famille Cornaro qui possède les plus belles terres de Chypre. Il est donc important pour lui de se lier avec ceux qui l’ont financé, ce qui lui permettra également de s’appuyer à l’avenir sur la puissance politique et financière des vénitiens.

Dès son arrivée à Famagouste, et en dépit de l’accueil qui lui est d’abord réservé, Catherine tombe sous le charme du roi auquel elle se donne, dans la salle d’Armes, avant même la cérémonie officielle du mariage. Le roi Jacques a un caractère bien à part : il est réputé volage, n’en fait qu’à sa tête et disparaît souvent pour de longues parties de chasse. Pourtant, le mariage est heureux. Mais il sera malheureusement trop court.

« La reine vénitienne » est un très bon roman historique qui nous entraîne sur l’île de Chypre, qui était alors la proie de luttes incessantes entre le Royaume de Naples et la République de Venise qui cherchaient tous les deux à s’en emparer. La jeune reine de Chypre se retrouve seule pour faire face à un destin difficile, et mène avec talent la lutte contre de nombreux ennemis, en tant que régente de Chypre, dans le but de transmettre le trône à son fils, Jacques III de Lusignan.

Il y a dans ce roman historique tous les ingrédients du genre, amour et tendresse, aventures, coup bas et trahisons. L’auteur sait captiver le lecteur et c’est à regret que nous quittons la courageuse « Reine vénitienne » après près de cinq cent pages qui filent d’une traite !

 

La reine vénitienne, Silvia Alberti de Mazzeri, traduit de l’italien par Alexandre Boldrini, J’ai lu n°10 747, mai 2014, 473 p.

 

Lu dans le cadre du challenge Il viaggio, du challenge vénitien et du challenge Histoire.

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La fille du pape, Dario Fo

L’auteur

 

Dario Fo est né en 1926 dans un petit village de Lombardie. Après des études inachevées dans le domaine des Beaux-Arts et de l’architecture, il se dédie principalement au théâtre. Il collabore avec la RAI, pour laquelle il écrit des monologues comiques. En 1959, il crée avec son épouse,  Franca Rame, une troupe de théâtre qui porte son nom. Il écrit de très nombreuses comédies, ainsi que des satires politiques et sociales. Il est connu pour son anticonformisme et son anticléricalisme.

Dario Fo a également fait du cinéma, à la fois comme metteur en scène et interprète.  Doué pour la peinture et le dessin, il réalise lui-même les affiches de ses spectacles.  En 1997, il reçoit le prix Nobel de littérature pour son œuvre théâtrale. Il publie son premier roman en 2014, « La figlia del papa« .

Pour en savoir plus sur l’auteur : http://www.dariofo.it/

 

La fille du pape

 

La fille du pape

Pour son premier roman, Dario Fo s’est intéressé à une famille, les Borgia, qui a fait couler beaucoup d’encre et dont l’histoire a inspiré de nombreuses œuvres artistiques. L’auteur a choisi de centrer son récit sur la belle Lucrèce, et nous raconte son histoire mouvementée, à partir de l’arrivée de son père, qui n’était alors que le jeune Cardinal espagnol Rodrigue Borgia, à Rome.

Après une enfance relativement calme, Lucrèce apprend tardivement, comme ses frères et sœurs, qu’elle est la fille du pape Alexandre VI, Rodrigue Borgia. Dès lors, le pape aura une influence grandissante sur la vie de ses enfants, et plus particulièrement de César et de Lucrèce. Ainsi, il nomme son fils, César Borgia cardinal. Puis il arrange le mariage de sa fille.

Lucrèce se marie d’abord avec Giovanni Sforza, qui est le neveu du cardinal qui a favorisé l’élection d’Alexandre VI. Il s’agit donc d’un mariage arrangé par son père et son frère. Ce sont eux également qui, trois ans plus tard, décident que l’union doit être rompue et qui obligent l’époux à signer un document attestant que le mariage n‘a jamais été consommé.

Lucrèce tombe ensuite amoureuse du fils du roi Alphonse II de Naples, lequel consent à l’union de son fils, après l’intervention de César Borgia. Lucrèce apprendra peu après que le destin n’avait pas présidé à la rencontre des deux jeunes gens, mais que celle-ci avait été provoquée par son père, le pape, et son frère, César.

Enfin, après le décès d’Alphonse d’Aragon, dont l’assassinat a été commandité par César Borgia, c’est à un autre Alphonse qu’est promise Lucrèce : Alphonse d’Este, fils aîné du Duc de Ferrare, Hercule d’Este.

Dario Fo nous entraîne ans une époque difficile, -c’est un euphémisme-, où tout est permis. Les assassinats se succèdent, mais ils ne sont que des incidents sur la voie qui mène au pouvoir :

« On raconte qu’à l’époque cette infâme prouesse suscita plus d’éloges que d’indignation. La grande ruse de César, et la détermination de condottiere avec laquelle il s’était débarrassé de ses rivaux, lui valurent l’admiration de tous. Evidemment, certaines atrocités, lorsqu’elles font le jeu des intérêts politiques ou personnels, peuvent aussi être considérées comme des vertus. » (p178)

Homme de théâtre avant tout, Dario Fo lit plusieurs épisodes de l’histoire des Borgia à la lumière de la Commedia dell’Arte. Il multiplie les références théâtrales, essayant de tomber les masques pour découvrir le rôle que chacun joue :

« Nous avons donc affaire à un fieffé libertin, toutefois doté d’une certaine pudeur. Appelez-la hypocrisie de prélat si vous préférez, comme le dit Molière dans son Tartuffe.» (p32)

« La fille du pape » est un bon roman historique qui pointe du doigt une famille aux alliances changeantes, et dont l’un des buts premiers est d’annexer le Royaume de Naples. A l’inverse de sa famille, Lucrèce apparaît comme dotée d’un grand sens moral et d’une loyauté à toute épreuve. En effet, elle n’hésite pas à lever des troupes pour aider son frère César en difficulté, alors que celui-ci n’a jamais poursuivi que ses intérêts propres.  Lucrèce fut aussi une femme éprise de culture, qui a beaucoup souffert de la solitude, et n’a jamais pu développer des relations de confiance avec sa famille. En revanche, elle suscitait l’admiration de tous ceux qui avaient eu affaire à elle :

« Lucrèce, malgré une situation politique chancelante, avait réussi à gagner l’admiration et l’amour du peuple et de la Cour. Son charme et sa propension à écouter et à secourir ceux qui s’adressaient à elle, avaient prévalu sur tous les préjugés et les médisances dont son nom était entouré, et avaient même franchi les frontières du duché de Ferrare. » ( p216)

Dario Fo n’a pas le talent de conteur d’un Stefan Zweig, mais sa biographie romancée de Lucrèce Borgia se laisse lire avec plaisir. Il nous présente une Lucrèce pleine d’attention pour les autres, qui fut une victime entre les mains d’un père et d’un frère prêts à tout pour satisfaire leur soif de pouvoir.

La fille du pape, Dario Fo, traduit de l’italien par Camille Paul, Grasset, Paris, avril 2015, 275p.

La concession du téléphone, Andrea Camilleri

la concession du téléphoneNous sommes à Vigatà, localité imaginaire de Sicile, en 1891. Genuardi Filippo, négociant en bois, est friand de nouveautés. Il désire obtenir la concession d’une ligne téléphonique à usage privé, et envoie donc un courrier administratif en bonne et due forme au préfet de Montelusa. Un mois après, n’ayant pas reçu de réponse, Genuardi Filippo réitère sa demande tout en excusant très poliment l’administration pour ce qu’il considère comme un banal retard. Une démarche qu’il renouvelle encore un mois plus tard, en y mettant les formes les plus soignées afin de se faire pardonner d’oser importuner l’administration !

En octobre, notre homme finit par recevoir un courrier lui indiquant qu’il doit s’adresser à l’administration des postes et télécommunications, seule compétente en la matière. Mais le préfet ne se contente pas de répondre. En effet, piqué par l’insistance mielleuse de Filippo et par son opiniâtreté à écorner son nom de famille –faute répétée qui selon le préfet ne peut qu’être le fruit d’une volonté sournoise de se moquer ou de sous-entendre on ne sait quoi-, s’interroge sur les motivations réelles de Genuardi Filippo et adresse un courrier en haut lieu afin d’attirer l’attention sur cet individu désormais suspect.

C’est ainsi que les choses s’enchaînent, puis s’emballent. Tous s’y mettent, police, carabiniers, et bien sûr la mafia ! L’intrigue se déroule sous la forme d’échanges épistolaires entre les différents protagonistes de l’affaire. Les quiproquos sont savoureux et les rebondissements nombreux. Camilleri joue de son imagination très fertile, et s’amuse en pastichant le langage très formel d’usage -encore aujourd’hui d’ailleurs- dans les administrations italiennes !

Cette lecture fut un vrai régal, comme souvent avec Camilleri, mais je dois dire que je me suis amusée tout particulièrement en repensant à certains démêlés que j’ai pu avoir avec des administrations, comme nous tous, et cela m’a fait du bien de m’en moquer, par livre interposé !

 

La concession du téléphone, Andrea Camilleri, traduit de l’italien par Dominique Vittoz, Fayard, Paris 1999, 283 p.

 

A lire, du même auteur : La secte des anges